Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/Walter Dahn, le petit Jésus et Nicolas de Plattemontagne au Kunstmuseum

Crédits: Walter Dahn/Kunstmuseum Bâle, 2017

Le Kunstmuseum de Bâle vit désormais sur un grand pied. Comme les principales institutions mondiales, il propose simultanément une multitude d'expositions et d'accrochages. Il suffit de regarder son site, de plus en plus bourgeonnant (et tout n'y figure pas!). Outre les grandes manifestations médiatisées du Neubau, inauguré en 2016, il y a les activités de ce qui n'est pas devenu l'Altbau, mais le Hauptbau. Mieux vaut se voir traité de «principal» que de «vieux». 

Pas de fil chronologique entre les deux Bau. Le Hauptbau peut ainsi abriter jusqu'au 22 avril les travaux de Walter Dahn, l'un des chouchous de l'institution, dans le cabinet graphique. Né en 1954, disciple de Joseph Beuys, l'artiste a adhéré à la fin des années 70 à cette nouvelle figuration marquant dans son pays un net retour à la peinture. En 1982, il se retrouvait à ce titre invité à la Documenta de Kassel. Dahn n'est jamais devenu une star. Le Kunstmuseum, dont le cabinet était alors dirigé par Dieter Koepplin, n'en a pas moins suivi son travail. On sait que l'institution aime constituer des ensembles. Celui consacré à Dahl se révèle monumental. Sept tableaux (non exposés), une sculpture (elle bien présente), 145 dessins et 45 travaux photographiques (des bidouillages un peu flous), cela fait beaucoup pour un artiste pouvant passer pour mineur. Notons que l'intéressé tend aujourd'hui à alimenter lui-même ce fonds, qui lui semble probablement de référence. Il donne. La présentation reste sinistre, comme toujours au cabinet rebaptisé «Fokus Papier». Néon et murs blancs, on se croirait dans un hôpital.

Noël gravé vers 1500 

C'est la période de Noël, comme vous l'avez sans doute remarqué. Une autre exposition graphique, montée tout comme celle sur les «Weibsbilder» et Dahn par Ariane Mensger, propose jusqu'au 25 février, «Ihr Kinderlein kommet». Cette présentation occupe les deux petits cabinets du premier étage du Hauptbau, dont l'un se trouve malencontreusement près des autres cabinets (des WC, si vous préférez). L'un regroupe des Nativités. L'autre des scènes de l'enfance de Jésus, racontées par des évangiles apocryphes. Les pièces proposées de manière très serrée (des gravures au murs et d'autres dans les vitrines se trouvant devant) datent aussi des années 1500. Il y a une majorité d'estampes germaniques (Dürer, Cranach...) mais aussi quelques épreuves italiennes (Campagnola, Nicoletto da Modena...). L'ensemble se révèle bien sûr magnifique. Le visiteur aimerait cependant le voir dans les mêmes conditions que l'actuelle exposition du Neubau. 

Quand je vous aurez dit que le Kunstmuseum offre dans les salles du rez-de-chaussée du Hauptbau, vouées à la création bâloise, une rétrospective du cinéaste et peintre (abstrait) Werner von Mutzenberger pour ses 80 ans, je pourrai passer à un accrochage n'ayant même pas trouvé place sur le site du musée (1). Au premier étage toujours, l'institution a vidé une immense pièce afin d'organiser un accrochage autour de sa nouvelle acquisition. Je vous ai déjà dit qu'il avait acheté en juin à la foire Paris Tableaux Bruxelles le «Paul et Sylas sortant de prison à Philippes» de Nicolas de Plattemontagne (1631-1706). Ce tableau, modèle ou réduction d'un vaste retable bien connu, se retrouve accompagné logiquement de toiles françaises anciennes de Nicolas Chaperon ou de Jean-François de Troy. Mais il y a aussi, sous le signe des mythologies chrétiennes et païennes, un Bonifacio da Pitati que je ne connaissais pas ou un Palmezzzano somptueux. Le Kunstmuseum montre de l'autre côté de la salle les cinq variations (de plus en plus abstraites) de Gerhard Richter sur «L'Annonciation» du Titien, récemment entrées dans ses collections. Après tout, pourquoi pas? 

(1) Ah, j'oubliais! La fondation Im Obersteg, logée à l'entresol, aligne elle ses classiques russes des débuts du XXe siècle avec Jawlenski en point fort.

Ce texte intercalaire suit immédiatement un autre sur le Kunstmuseum de Bâle, doté de toutes les indications pratiques.

Photo (Walter Dahn/Kunstmuseum, Bâle 2017): L'une des 135 oeuvres graphiques de Walter Dahn appartenant à l'institution. 

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