Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/"Trésor", une nouvelle foire pour l'artisanat d'art

Crédits: Trésor

Une nouvelle foire! Eh oui, encore une... La première édition de «Trésor» (le mot restant en français à Bâle) se déroule en ce moment dans un coin de la Messe. Oh, pas dans la grande halle accueillant en juin le cirque d'«Art/Basel». Nous n'en sommes pas encore là. Il faut de plus préciser que ce salon s'intéresse uniquement à l'artisanat haut de gamme. Ne parlez cependant si possible pas ici d'artisans tout court. Vous savez à quel point les gens deviennent susceptibles. Et ceux-là voudraient se voir considérés comme des artistes à part entière. Le complexe du vizir qui aimerait devenir calife. Le mieux reste donc d'évoquer les «arts & crafts». L'anglais sonne toujours plus chic et il renvoie en plus aux expérimentations victoriennes, si heureuses en ce domaine, de William Morris et de ses amis préraphaélites.

Tout se joue donc à la Halle 3, assez difficile à trouver, qui ressemble vue de l'intérieur à un aérogare pour vieux avions. Il y a là une quarantaine de stands, ce qui me semble un minimum, surtout pour une entrée à 20 francs. Les participants ont limité les frais de décoration. Il s'agit d'une foire courte. Quatre jours seulement à l'intention des simples pékins. Il n'y a en fait que l'Ariana, notre musée genevois pour le verre et la céramique, pour avoir consenti des frais de toilette. Nicolas Lieber a conçu un mur zébré de noir et blanc. «Un hommage aux couleurs bâloises». Les œuvres extraites des réserves de l'institution sont elles aussi noires, blanches ou alors faites d'un savant mélange des deux. «J'ai ajouté une vitrine pour raconter dans le désordre, avec des objets modestes qui ne sortiraient autrement jamais des caves, mille ans d'art du feu dans le monde.»

Pièces monumentales 

L'Ariana fait bien sûr partie des invités. Il y en a comme à «ArtGenève». A côté se trouve ainsi l'ECAL lausannois, où un lustre monstrueux a été conçu par des élèves avec la complicité de Matteo Gonet. Une véritable horreur. Cassable heureusement dans la mesure où il se révèle en verre. De la place a également été accordée à d'autres artisans de ce médium redevenu à la mode. Il y a une petite exposition Anna Dickinson, récemment découverte à l'Ariana. Des œuvres distinguées, aux couleurs ternes, dégageant un léger ennui haut de gamme. Les duettistes Baldwin & Guggisberg ont à nouveau chargé le bateau, au sens propre du terme. Leurs amphores de verre se multiplient dans des squelettes d'embarcation métalliques. J'avoue préférer leurs débuts, plus modestes et plus fonctionnels. Il y a enfin une table géante en bois de Gion A. Caminada et un crâne animal, non moins monumental, en céramique de Paul March. Pour se voir pris au sérieux, il faut de nos jours faire le plus gros possible. 

Le reste de l'espace, enfin celui qui n'est pas occupé par le bar, les lieux de conférences ou de projections et les allées, est voué au marchands. «Le but n'était pas d'ouvrir un marché artisanal», explique la directrice Nadine Vischer Klein. «Nous voulions créer un lieu de rencontres pour les galeries, encore rares chez nous, se consacrant à la céramique, au bijou ou au textile de grande qualité.» Les intéressés ont donc dû soumettre ce que l'on appelle pompeusement de nos jours un «projet curatorial». Brian Kennedy a servi de directeur artistique. On se la pète un peu. La chose n'a pas empêché chacun de payer son loyer. Combien au fait? «C'est 525 le long des murs, qui permettent une meilleure présentation, et 325 francs le mètre carré au milieu de la halle.»

Trois éditions prévues 

Vous l'aurez compris. Il faut beaucoup vendre, ou alors hausser les prix, afin de rentrer dans ses frais, surtout si l'on vient de Chine ou de Corée. Les prix se situent entre quatre et cinq chiffres. Les 10 000 francs se voient très vite dépassés mais, comme me le rappelle une participante française, «il s'agit de pièces uniques, ou alors de toutes petites séries supervisées de manière stricte par l'auteur. Rien à voir avec le design industriel.» Un vase blanc Moon (comme la secte du même nom) coréen tout simple se voit du coup proposé à 60 000 francs, ce qui me semble énorme. Mais après tout, pourquoi pas? Deux broches rouges de Bettina Dittelmann, que je ne souhaiterais pas à ma pire ennemie, se voient bien affichées 28 000 francs pièces alors qu'elle ne comportent aucuns matériaux précieux... 

Pour le moment, chacun se tâte. C'est un galop d'essai, sans trop d'espoir de retours sur investissements. «Il faudra trois ans pour savoir sir «Trésor» perce», explique Annick Zuffererey, venue de Carouge avec ses bijoux. «Je suis partante pour une seconde édition. Le vernissage a très bien marché, avec 1600 personnes. Et de toute manière, je me sens davantage ici dans mon élément que je ne le serais à «ArtGenève», où je me retrouverais complètement perdue.»

Pratique

«Trésor», Messe, Halle 3, Maulbeerstrasse, Bâle, samedi 23 et dimanche 24 septembre. De 11 à 19h le samedi, de 11 à 18h le dimanche. Site www.tresor-craft.com Attention! Il renseigne plutôt mal.

Photo (Trésor): Une chaise d'Alexander Curtis. Rien à voir avec le design industriel.

Prochaine chronique le dimanche 24 septembre. Des flacons à parfum au Palazzo Mocenigo de Venise. Le lieu est superbe.

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