Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/Procès autour du Gauguin du Kunstmuseum vendu aux Qataris

Crédits: DR

L'affaire avait sonné comme un coup de tonnerre en 2014 dans le ciel bâlois. Le Kunstmuseum perdait d'un de ses chefs-d’œuvre au profit des Qataris. A vrai dire, «Nafea Faa Ipoipo» (ce qui veut dire «quand te maries-tu?») de Paul Gauguin ne lui appartenait pas. Il faisait partie de la Fondation Rudolf Staechlin rentrée au bercail après un exil américain. Rudolf Staechlin Jr avait changé les règles du jeu de cette dernière, qui ne pouvait jadis vendre qu'en cas de péril économique pour la famille. En Suisse, une fondation peut changer ses statuts, si ceux-ci eux-mêmes le prévoient. 

Le prix annoncé en 2014 état de 300 millions de dollars, ce qui semble cher , mais «Interchange» de Willem de Kooning aurait atteint cette somme lors d'une transaction entre riches (cela va de soi) Américains. Ce n'était en fait pas le cas. Je viens de lire dans le train la suite de l'affaire, publié par «Il Giornale dell'Arte» de septembre sous la plume de Vittorio Bertello. Le montant n'était que de 210 millions, ce qui amène aujourd’hui à un procès. L’histoire est assez drôle. Je vous la raconte.

Un camarade d'école 

Rudolf Staechlin Jr et Simon de Pury ont usé leurs fonds de culottes ensemble à Bâle dans les années 1960. C'était avant que le commissaire-priseur ne fréquente en Italie le plus grand tailleur du monde, comme il le raconte complaisamment dans ses mémoires. Les deux hommes sont restés liés. Le carnet d'adresses se révèle essentiel dans le monde du marché de l'art. De Pury s'est donc aimablement entremis auprès de Guy Bennett, l'ancien directeur du département d'art impressionniste de Christie's. C'est ce dernier qui sert aujourd'hui de directeur aux collections du Musée du Qatar. 

De Pury a rencontré Bennett en 2012 afin de discuter le bout de gras. Puis il a été voir Staechlin qui voulait 250 millions de dollars pour le Gauguin. Le commissaire-priseur lui a dit que les Qataris étaient prêts à aller jusqu'à 230 millions. En fait, ce qui nous mène à l'issue dramatique, il aurait su que le chiffre se situait en fait à 210 afin de conclure la tractation. Selon Simon, il y aurait alors eu un «gentlemans aigrement». Le tableau a en tout cas changé de mains sans qu'il y ait ni vol ni viol. Cela n'empêche pas le trust Staechlin d'accuser les époux de Pury (sa nouvelle épouse Michaela étant partie prenante) de malhonnêteté. Ils ne paieront pas.

Dix millions pour s'entremettre 

Mais quoi et à qui? Aux de Pury évidemment! Pour leurs bons offices, c'est à dire une ou deux visites à David Bennett, ces derniers réclament en effet 10 millions de dollars. Notez que rien n'était signé. Entre vieux amis, cela ne se fait pas. Il y aurait donc eu un pacte oral de conclu. Simon et Michaela de Pury intentent donc aujourd'hui un procès à ce titre afin de recevoir leur dû. C'est beaucoup dix millions pour jouer les entremetteurs! C'es volatil, une parole. Voilà qui donne à nouveau au public une curieuse image du marché de l'art à son plus haut niveau...

Photo (DR): Un fragment du tableau de Paul Gauguin en question.

Text intercalaire.

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