Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/Le Kunstmuseum présente 100 dessins de Georg Baselitz

Crédits: Georg Baselitz/Kunstmuseum, Bâle 2018

Georg Baselitz reste un artiste avant tout graphique. Il semblait donc normal que le Kunstmuseum mette son gros grain de sel dans la rétrospective organisée par la Fondation Beyeler. Le musée propose un panorama de l'artiste allemand de 1955 à nos jours. La chose a pris la place, dans le Neubau, de l'exposition de dessins germaniques des années 1500 consacrés à la femme. Les murs colorés ont été comme de juste repeints en blanc. Nous sommes dans le contemporain. Cela dit, je ne connais rien de moins flatteur pour le papier que le blanc Persil. Il a presque toujours l'air un peu sale, ce qui semble tout de même un comble. 

Le Kunstmuseum peut presque se contenter de son fonds. En 1970, son charismatique directeur du Cabinet des arts graphiques Dieter Koepplin (1) avait offert à l'Allemand, alors âgé de 32 ans, sa première présentation dans une institution publique. Un certain nombre de pièces se voyait acquis en utilisant diverses ressources financières propres au musée. Une amitié s'est nouée. L'artiste a effectué plusieurs dons de pièces lui semblant importantes. En 1999, au moment du départ de Koepplin, des amateurs avaient uni leurs bourses afin de compléter cet ensemble, surtout avec des œuvres de jeunesse très rares, comme l'aquarelle de 1955. Le Kunstmuseum possède aujourd'hui 149 dessins de Baselitz. Notons que la série s'arrête dans les années 2000. Les feuilles les plus récentes montrées au sous-sol ont donc été empruntées à des privés. Cela dit, elle ne possèdent plus la même force que les plus anciennes...

Deux tableaux et une sculpture 

Le parcours commence dès le passage du visiteur dans le Neubau. Le hall supérieur est presque rempli par deux gigantesques tableaux. «Die Nacht» de 1984-1985 a été acheté par le Kunstmuseum dès 1985. Les Amis du musée, toujours très actifs (lisez par là «toujours prêts à débourser») ont eux acquis «Das Liebespaar» de 1985 en 1991. Il ne reste plus au visiteur qu'à descendre l'escalier et traverser les halls du bas avant d’accéder aux trois grandes salles d'exposition abritant aussi une sculpture maison. Le parcours se révèle comme il se doit chronologique. Il comporte une centaine de pièces, parfois regroupées en polyptyques. C'est le cas pour les «Kampfmotive» des années 1980, supposés produire des effets de masse. «Un combat se déroulant sur le papier», dit à leur propos la commissaire Anita Haldemann. 

Comme les peintures de l'artiste, les dessins se révèlent lourds de références. Artistiques, bien sûr avec Munch, Kirchner, Artaud ou Dix. Politiques et historiques aussi. Le tout se voit transcendé par un style personnel atteignant son maximum d’expressivité (je n'ai pas dit d'expressionnisme) dans les années 1960. Il y a là une rage qui ne pouvait se maintenir, alors que de Baselitz quittait son statut de marginal pour devenir une sorte d'artiste officiel coté très haut sur le marché de l'art. 

L'ensemble se tient très bien. Cent, ça suffit. La concentration du nombre sert le propos. Elle permet à l'accrochage du Kunstmuseum de compléter la rétrospective des Beyeler. Dommage que les gravures, remarquablement présentées au Musée des beaux-arts du Locle il y a quelques semaines, ne prennent pas place dans ce tir groupé. L'estampe reste l'art dans lequel Georg Baselitz excelle, même si Le Locle avait choisi de se concentrer sur la production des vingt dernières années. 

(1) Dieter Koepplin a travaillé sur le catalogue actuel avec Anita Haldemann.

Pratique 

«Georg Baselitz, œuvres sur papier», Kunstmuseum, Neubau, 20, Sankt Alban Graben, Bâle, jusqu'au 29 avril. Tél. 061 206 62 62, site www.kunstmuseumbasel.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu'à 20h. Attention! Fermé du 19 au 21 février pour cause de carnaval! 

Photo (Georg Baselitz/Kunstmuseum, Bâle): "Der Maler" (e peintutre). Fragment. Fin des années 1960.

Ce texte complète l'article sur l'exposition de la Fondation Beyeler se trouvant immédiatement plus haut dans le déroulé.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."