Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/Le Kunstmuseum commence à l'entresol sa série de "Fokus Papier"

Crédits: Kunstmuseum, Bâle

La chose se fait rare, et il est permis de le déplorer. Certains musées suisses et étrangers ont eu à leur tête, ou à celle d'un de leurs départements, des directeurs légendaires. Qui disait Metropolitan Musem de New York pensait Philippe de Montebello. Le Musée d'Orsay se confondait jusqu'à ces derniers jours avec la personne de Guy Cogeval. Dans le domaine plus confidentiel du papier, on se souvient, à Genève, du rôle qu'a tenu Rainer Michael Mason à la tête du Cabinet des Estampes au Musée d'art et d'histoire genevois, devenu depuis le Cabinet des arts graphiques. 

Son homologue de Bâle se nommait Dieter Koepplin. Né en 1936, l'homme était entré au Kunstmuseum en 1964. Il a œuvré dès 1966 pour la gravure et le dessin, sous la direction plutôt libérale de Franz Meyer. De grandes options générales ont alors été prises. Pour ce qui est des acquisitions, l'institution se focaliserait désormais sur l'art contemporain, le reste arrivant par dons et par legs. Le Cabinet des arts graphiques ne devait pas effectuer d'achats isolés. Le musée allait constituer des séries, en privilégiant certains artistes nationaux et internationaux.

Une exposition en hommage 

Koepplin s'est retiré mission accomplie en 1999. C'est pourtant lui la statue du Commandeur (je fais ici allusion au «Dom Juan» de Molière) se profilant derrière l'actuelle exposition «Focus Paper», dans l'entresol du musée. La première manifestation d'une série. Il faut dire que le Cabinet conserve aujourd'hui 300 000 feuilles, et que plusieurs centaines d'autres se rajoutent à ce fonds chaque année. Beaucoup d'entre elles, plus de mille, ont été données «en souvenir de Dieter Koepplin». C'est de cette dernière masse, complétée par quelques cadeaux de Koepplin lui-même au Kunstmuseum, que l'actuelle présentation a tiré des réalisations de 17 artistes (c'est bien, je n'ai pas besoin ici de féminiser le mot pour avoir l'air correct). S'est ajoutée à la liste Cecile Hummel, dont les dessins sont entrés dans la collection depuis peu de temps. On peut voir là une actualisation. 

Les 18 élus ne se révèlent pas tout jeunes. Ils reflètent les intérêts de Dieter Koepplin. L'aîné est, ou plutôt était, Franz Bernhard, mort en 2013 à 79 ans. La cadette Kathrin Kunz a vu le jour en 1969. Certains noms apparaissent mondialement connus. Je pense à Mimmo Paladino ou à Bruce Nauman. D'autres sont des vedettes helvétiques. Je signalerai Karim Noureldine comme Roman Signer. Certains artistes demeuraient fort peu connus, de moi en tout cas. Je regrette ainsi de n'avoir pas découvert plus tôt Michaël Borremans. 

Le Kunstmuseum en dit peu sur les expositions futures du Cabinet. On sait juste qu'elles feront alterner le thématique et le monographique. Rappelons pour terminer que Bâle ne constitue pas l'unique lieu phare en Suisse pour le papier. A Winterthour, Dieter Schwarz, autre directeur légendaire, avait poussé le Kunstmuseum de ce côté. Même cheminement au Musée Jenisch de Vevey depuis le règne de Dominique Radrizzani. A Genève, le Cabinet des arts graphiques, qui montre en ce moment Martin Disler, tente de survivre.

Pratique

«Fokus Papier», Kunstmuseum, 16, Sankt Alban Graben, jusqu'au 6 août. Tél. 061 2016 62 62, site www.kunstmuseumbasel.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h, le jeudi jusqu'à 20h.

Photo (Kunstmuseum, Basel): L'entrée de l'entresol. Le lieu reste très austère et pour tout dire peu accueillant.

Texte intercalaire.

 

 

 

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