Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

BÂLE/La Fondation Beyeler souligne l'abstraction chez Klee

Crédits: RTS

Une fois arrivé dans le hall, vous prenez à droite. A gauche, la Fondation Beyeler présente ses «Coopérations». Une initiative très intéressante, dont je vous ai déjà parlé. A droite, c'est la présentation historique, pour une fois sur fond anthracite. Il s'agit de «Paul Klee, la dimension abstraite», qui se contente de sept salles. Il faut dire que les 110 œuvres restent de petite taille, même si la commissaire Anna Szech a tragiquement espacé les peintures et les aquarelles. D'où une impression minimaliste.

Il y a de tout chez Klee comme chez Picasso, même si ce dernier s'est toujours arrêté au seuil de l'abstraction. Les compositions non figuratives ne remontent pas à une seule époque de sa vie. Il s'en trouve aussi bien en marge du fameux voyage en Tunisie de 1914 que dans les années 1930. La part la plus importante se trouve néanmoins durant les années passées au Bauhaus. Logique. C'était la forme la plus prisée dans cette maison pour le moins dirigiste. Notons, comme l'a récemment fait Beaubourg, que Klee a toujours su biaiser les règles. Son abstraction n'a rien de géométrique. Aucun rapport avec les tracés au cordeau de Piet Mondrian. L'artiste a su rester tout en fantaisies avec ses damiers colorés. Aucune ligne ici ne reste droite. Tout se révèle ludique. Un pied de nez aux diktats de Lazlo Moholy-Nagy ou de Johannes Itten.

Rapports musicaux 

Si la ligne ondule, la couleur reste vibrante et chaude. Autre dérogation aux principes. Aucun rapport avec les aplats de couleurs primaires, genre salle de bains, que les «concrets» zurichois maintiendront en vigueur jusque dans les années 1970. Chaque petit carré dégage sa propre énergie. Il y a aussi là un rythme musical. Je rappelle que Klee a vécu dès son enfance en fusion avec les arts sonores. Pensez! Un père enseignant la musique. Une mère cantatrice. Or, Bach par exemple, se prête à des interprétations visuelles de ce genre. Le pointillisme, qui fait parfois son apparition chez l'artiste, peut ainsi jouer les partitions. 

Ernst Beyeler appréciait beaucoup Klee. Le marchand en avait gardé pour lui des pièces importantes. Klee figure donc dans les gènes de la maison. Il était bon de revenir une fois à celui qui forme un des pilier de la fondation avec Pablo Picasso, Max Ernst ou Alberto Giacometti. Je n'irai pas jusqu'à dire que cet accrochage apprend quelque chose. Mais, comme souvent à Riehen, il donne à contempler un certain nombre de très belles œuvres. C'est une politique qu'il faut aussi défendre. Toute exposition ne doit pas ressembler à un cours d'histoire de l'art. Le plaisir, ça compte dans l'existence.

Pratique

«Paul Klee, La dimension abstraite», Fondation Beyeler, 101, Baselstrasse, Riehen/Bâle, jusqu'au 21 janvier 2018. Tél. 061 645 97 00, site www.fondationbeyeler.ch Ouvert tous les jours de 10h à 19h, le mercredi jusqu'à 20h.  

Photo (RTS): Un accrochage pour le moins parcimonieux.

Ce texte intercalaire suit immédiatement celui sur le Zentrum Paul Klee de Berne.

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