Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Avenches va restaurer son amphithéâtre romain et se construire un nouveau musée

Le monument connaît des problèmes de stabilité. Quant au lieu d'exposition, il semble dépassé. La capitale de l'Helvétie mérite mieux selon les Vaudois.

L'amphithéâtre au milieu de la cité.

Crédits: 24 heures

C’est un gros morceau. Le Canton de Vaud va créer un véritable musée à Avenches et restaurer en même temps son amphithéâtre un peu ébranlé (faut-il blâmer Rock Oz’Arènes?). Pour l’instant, le Canton en reste au projet. Un joli paquet ficelé de 75 millions. Autant dire qu’il y aura beaucoup de votations du Grand Conseil avant qu’on puisse voir un monument antique rénové et un tout nouveau musée, qui pousserait légèrement hors de ville…

Pour l’amphithéâtre, des dégâts ont été constatés depuis 2017, date où plusieurs pierres se sont descellées. Je rappelle qu’il s’agit là d’un monument très vaste pour l’Helvétie romaine. Après son agrandissement du IIe siècle, il pouvait accueillir environ 16 000 spectateurs, soit pratiquement toute la cité, dont la population se voit estimée à 20 000 habitants. Difficile de connaître aujourd’hui l’ampleur des travaux. L’étude reste à mener. Selon le grand argentier vaudois Pascal Broulis, il y en aura pour 23 millions au moins et 30 au plus, avant une fin des travaux prévue pour 2027. Avec le musée, c’est une autre histoire. L’actuel, logé depuis longtemps dans une tour médiévale construite sur les arènes, est devenu bien trop petit. Et soyons justes un peu vétuste. Il faut donc envisager «ab nihilo» une construction contemporaine.

Un canton très riche en archéologie

Après de premières votations, précise Cesla Aramelle en charge de la culture cantonale, il y aura un concours d’architecte en 2022. Le plan d’affectation vaudois se verra revu en 2023. L’année suivante deviendra celle de la mise à l’enquête. Il s’agira alors de débloquer les crédits. Viendront ensuite des fouilles, ce qui semble normal dans l’ancienne capitale romaine de l’Helvétie. Puis commencera la construction, prévue assez rapide. Le lieu devrait en effet ouvrir ses portes en 2028. Il servira à la fois de musée, de dépôt lapidaire, de laboratoire de restauration et de bibliothèque. Tout en un. Il y en aura pour une quarantaine de millions. Le jeu en vaut la chandelle pour la Conseillère d’Etat, qui voit là un outil à la fois pour la culture et l’enseignement, dont elle s’occupe aussi.

La Porte de l'Est. Photo Aventicum.com

Il faut dire que le site, immense, offre encore de nombreuses possibilités. Ceci d’autant plus que la cité médiévale (par ailleurs séduisante) n’occupe qu’une partie du terrain, le reste se composant de champs (1). C’est le gros morceau archéologique d’un canton qui a par ailleurs bien à faire à Vidy, à Pully, à Yverdon, à Nyon et surtout à Orbe, où ont été découvertes non seulement de célèbres mosaïques mais les substructions d’une des plus grandes villas antiques du Nord des Alpes. Vaud reste sans doute le canton le plus riche en vestiges classiques, même si peu de monuments dépassent du sol. Tout un patrimoine que Cesla Aramelle compte bien fédérer. L’archéologue cantonale en charge se nomme depuis 2009 Nicole Pousaz. Elle a alors succédé à Denis Weidmann. On parle assez peu de cette scientifique. Pas de vedettariat ici. J’ai même eu de la peine à trouver son nom…

(1) Avenches a beaucoup profité, au Ier siècle de notre ère, du fait que le père de l’empereur Vespasien y ait été banquier. Il semble que son fils et successeur Titus ait aussi vécu dans la ville enfant. On a en tout cas retrouvé la stèle funéraire de sa nourrice. La cité a reçu alors des monuments importants, dont cinq kilomètres et demi de mur d’enceinte. Le sac par la Alamans en 258 a marqué le début de son rapide déclin.

P.S. Cet article est le premier de trois, postés ce jour, sur l'archéologie en Suisse.

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