Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Avec une de ses "Meule", Monet est le premier impressionniste à 100 millions de dollars

Le Monet présenté (avec es gants, bien sûr, chez Sotheby's

Crédits: AP

Monet money... On peut toujours davantage le dire. Cette fois, il ne s'agit pas de la fréquentation record d'une exposition dédiée à l'artiste français, né en 1840 et mort en 1926. Je vous parle d'un énorme prix aux ventes de mai de New York. Une de ses «Meules», réalisées de manière sérielle en 1890-1891, s'est vendue mardi 14 mai pour 110,7 millions de dollars chez Sotheby's, taxes comprises. La précédente «Meule» mise l'encan n'avait fait «que» 81,4 millions en 2016. Le record pour Monet restait jusqu'ici les 84,6 millions obtenus pour des «Nymphéas».

La vente marque un tournant, selon la maison d'enchères qui se pavane évidemment aujourd'hui. C'est la première fois qu'un tableau impressionniste dépasse la barre des 100 millions. Or, pour les jeunes générations, l'impressionnisme fait à juste titre désormais partie de l'art ancien. Un secteur considéré globalement comme dépassé, ou en tout cas hors mode. C'est en plus d'une toile de relativement petit format: 72 centimètres sur 92. Et tout le monde sait que les milliardaires actuels aiment ce qui est énorme. L'éléphantiasis a commencé avec l'art américain dans les années 1950, signe d'affirmation et de puissance économique. Une toile comme cette «Meule» fait désormais figure de bibelot pour mémères habitant du côté de le 5e Avenue.

Le précurseur

Le prix atteint par des «Nymphéas» offrait quelque chose de moins étrange. L'ultime série du maître, qui comporte des panneaux gigantesques, fait officiellement partie des précurseurs de l'art contemporain depuis sa redécouverte dans les années 1950. Une artiste comme Joan Mitchell (1925-1992), dont les prix crèvent eux aussi le plafond (mais un plafond nettement plus bas!) se réclamait ainsi ouvertement de Monet. Elle était d'ailleurs venue vivre en France pour cela.

P.S. Son ancien propriétaire, resté anonyme, avait payé sa "Meule" à peine 2,5 millions en 1986. Il a fait savoir par Sotheby's qu'il verserait une partie de son bénéfice à des oeuvres caritatives. 

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