Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Avec l'élection de Chantal Thomas, le XVIIIe noir triomphe à l'Académie Française

L'essayiste et romancière ("Les adieux à la reine") retient les ombres du Siècle de Lumières. Elle va de Sade à Marie-Antoinette en passant par Casanova.

Chantal Thomas.

Crédits: Babelio.

Il y a une «immortelle» de plus à l’Académie française. Un siège illustre, le No 12, a retrouvé preneur-preneuse grâce à Chantal Thomas. C’est celui de Jean d’Ormesson. Il en reste sept autres à repourvoir. Ce n’est pas que la pandémie ait frappé dur du côté du Quai Conti. Pas trop de morts du côté des «immortels». Mais ici, les choses prennent du temps. Il n’y a de plus tant de grand écrivains à la plume classique et châtiée que cela. Ou alors ils restent de sombres inconnus (du grand public, tout au moins). Faudra-t-il pour relancer la machine solliciter Virginie Despentes ou Fred Vargas, plus après tout pourquoi pas Tardi et un rappeur à la mode? Le Nobel de littérature est bien allé, non sans couacs, à Bob Dylan en 2017!

C’est donc Chantal Thomas, Lyonnaise, 75 ans carillonnés, qui a remporté cette course au sac que représente une élection sous la Coupole. Douze voix sur vingt-quatre. Il y avait beaucoup de candidat(e)s, précisait avant le vote Dominique Bona, élue en 2013. Il fallait du coup choisir, même s’il y aura sans doute des reports possibles afin de meubler les fauteuils vacants. Les gens distingueront au moins cette fois définitivement cette Chantal-là de Chantal Thomass. L’impertinente créatrice de sous-vêtements. Il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes. Et cela même si, sous l’«habit vert» que revêtira l’auteur de «Les Adieux à la reine» (2002) il doit bien y avoir de la place pour quelques froufrous.

Formée par Roland Barthes

«Les Adieux à la reine» restent le grand titre de gloire de cette universitaire formée par Roland Barthes. Un homme à qui elle plusieurs fois rendu un hommage appuyé dans plusieurs de ses livres (le dernier en date étant «Pour Roland Barthes» en 2015). Chantal est ce qu’on appelle une «dix-huitiémiste». Comprenez par là qu’elle se passionne pour le XVIIIe français d’avant la révolution de 1789. Idées et esthétiques. Sa thèse a porté sur le marquis de Sade. Une inflexion révélatrice. Du «Siècle des Lumières», Chantal retient surtout les ombres. Outre Sade, dont elle dispute la propriété intellectuelle à Annie Le Brun et à Michel Delon, on trouve ainsi dans on panthéon Casanova et Marie-Antoinette. Il lui manque juste le mage Cagliostro et les baquets aux fluides magnétiques du charlatan Messmer.

"Les adieux à la reine" de Benoît Jacquot, 2012. Photo DR.

Porté à l’écran par Benoît Jacquot en 2012, «Les adieux à la reine» flirte ainsi avec le roman gothique, tel qu’il se pratiquait en Angleterre dans les années 1780 avec Horace Walpole et William Beckford. Nous sommes à Versailles en juillet 1789. Tout se disloque. Certains faits, se développant à l’improviste, se situent bientôt au bord du fantastique. Il se passe des choses étranges derrière chacune des innombrables portes du château. C’était un roman très réussi. Du «Testament d’Olympe» (2010) à «L’échange de princesses» (2017), ce succès ne s’est pas vu renouvelé. Chantal Thomas a par ailleurs publié des récits, des chroniques ou des essais. Nous sommes avec elle dans la grande tradition littéraire. Celle qu’elle défend elle-même en tant que membre du Prix Femina. C’est sans doute cette filiation qu’ont aussi voulu souligner les membres de l’Académie française.

Utopie en 1933

Pour la petite histoire, Chantal devient la dixième immortelle après la quasi inconnue Barbara Cassin. La philosophe avait été choisie en mai 2018. La première en date fut, mais là tout le monde cultivé s’en souvient, Marguerite Yourcenar en 1980. Une révolution de Palais. Notons pourtant qu’on y avait déjà pensé bien avant. Un récit utopique de l’Anglaise Violet Trefusis, «Irène et Pénélope» («Tandem» en anglais), montre ainsi une écrivaine mondaine et fêtée devenant académicienne. Le livre, très amusant, date de 1933.

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