Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Avec Bruno Barbey disparaît la troisième génération des photographes de Magnum

Le Franco-Suisse avait 79 ans. Il avait "couvert" dans les années 1960 et 1970 les guerres internationales. On lui doit aussi une vingtaine de livres, dont "Les Italiens".

Les champs de pétrole en feu lors de la première Guerre du Golfe.

Crédits: Keystone, Kunsthaus, Magnum

Sale temps pour les photographes! Ils meurent comme des mouches, et le Covid n’y est apparemment pour rien. En octobre disparaissait Frank Horvat, que j’aimais beaucoup. Quelques jours plus tard, c’était au tour de Chris Killip. Aujourd’hui, Bruno Barbey s’en va à 79 ans. Pas vieux pour un homme du 8e art. Celui chez qui on approche normalement du siècle. Pensez à Jacques-Henri Lartigue ou à Henri Cartier-Bresson! Rappelez-vous la Suissesse Sabine Weiss, bon pied et surtout bon œil, qui vient de recevoir le prix Women in Motion à 96 ans!

Bruno Barbey, vu par son collègue d'AFP François Guillot.

Avec Bruno Barbey, la troisième génération de Magnum, dont il fut le président de 1992 à 1995, passe à la trappe. Né dans un Maroc encore sous protectorat français, arrivé très jeune dans la métropole afin de faire ses études, le Franco-Suisse était entré en 1966 chez Magnum, dont il deviendra membre à part entière deux ans plus tard. Il avait fait ses classes à Vevey, dans l’école fondée par Gertrude Fehr, une femme à la main effectivement de fer. Il devait dire plus tard s’y être beaucoup ennuyé. Son but n’était en effet pas d’accéder à la photo industrielle ou publicitaire, mais au reportage. Une chose qu’il pratiquerait sur le terrain.

Retour au Maroc

Celui-ci ne va pas manquer dans la seconde moitié des années 1960, puis au début de la décennie suivante, même si cette époque nous semble aujourd’hui pacifique avec le recul. Barbey sera aussi bien au Biafra qu’en Irlande du Nord, en Chine maoïste, dans le Cambodge des Khmers rouges ou sur le champ de bataille (moins mortifère) du Quartier Latin en Mai 68. Le même itinéraire finalement que ses grands collègues, de Gilles Caron à Don McCullin. Ce sera à qui d’entre eux fera la couverture de «Stern», «Paris-Match» (qui gardait encore des ambitions à l’époque) ou de «Life Magazine».

Bruno Barbey a par ailleurs sorti une vingtaine de livres. Son premier vrai projet restera celui qui aura mis le plus de temps à aboutir. Robert Delpire voulait une suite à «Les Américain» de Robert Frank ou à «Les Allemands» de René Burri. Un troisième Suisse, Barbey, devait lui fournir «Les Italiens». Las! Ce projet mettra trente ans à se matérialiser. L’album ne paraîtra finalement qu’en 2002. Un peu tard pour demeurer vraiment d’actualité!

L'image de couverture du livre "Les Italiens". Photo Succession Bruno Barbey.

En six décennies, Barbey a réalisé beaucoup de bonnes images, mais finalement peu d’icônes. Les amateurs de photographie auraient de la peine à un citer une demi-douzaine en noir et blanc, puis en couleurs. Ils se souviennent cependant des travaux réalisés dans un Maroc retrouvé à partir de 1972, que Tahar Ben-Jelloun ponctuait de ses textes. En 2018, Barbey avait été élu à une Académie des beaux-arts s’ouvrant à la photo, en même temps que Sebastião Salgado. La chose lui a permis d’endosser l’habit vert. Un peu d’officialité ne fait jamais de mal en fin de carrière.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."