Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Arthéna sort le premier livre sur Guy François, caravagesque méconnu du Puy-en-Velay

Mort en 1650, l'artiste a fait sa carrière dans la France profonde, après son retour de Rome en 1613. Bruno Saunier lui attribue 123 toiles. Certaines étaient données à des peintre plus célèbres.

Une composition caractéristique de Guy François après son retour d'Italie. Le caravagisme s'est adouci.

Crédits: DR

Il pleut toujours où c'est mouillé. Pas étonnant, dans ces conditions, si la littérature sur certains artistes se multiplie, quitte à se répéter. Rien d'extraordinaire non plus si certains peintres, même importants, attendent des siècles qu'un livre veuille bien paraître sur eux. Ainsi en est-il allé de Guy François (vers 1578-1650). Il aura fallu que Bruno Saunier se mette à la tâche et trouve un éditeur. Pas de révélation non plus, de côté-là. Il s'agit bien sûr d'Arthéna qui multiplie depuis plus de trente ans les grandes monographies sur les éclopés et les oubliés de l'histoire de l'art.

Il faut en plus préciser que Guy François n'est pas Parisien. Il a mené la plus grande partie de sa carrière au Puy-en-Velay, qui était alors une cité importante et qui reste de nos jours une fort belle ville (1). Il demeurait possible au début du XVIIe siècle, dans une France encore peu centralisée, de faire fonctionner un atelier dans une région périphérique. D'innombrables églises étaient à remeubler après les Guerres de Religion. En même temps que Guy François, Jean Boucher exportait de la sorte ses toiles depuis Bourges. Le paradoxe est que leur œuvre, aujourd'hui situé dans des régions de plus en plus délaissées, s'est mieux conservé que dans la capitale. Là, les changements du goût se sont révélés aussi meurtriers, sinon plus, que les révolutions.

Attributions à trancher

Guy François a pris son essor en Italie, comme le raconte Bruno Saunier. Il a fait partie des jeunes créateurs fascinés par Le Caravage. Ce n'est pas le seul Français parmi ces disciples. Je pourrais citer Trophime Bigot d'Arles ou Nicolas Tournier de Toulouse. Un flou artistique a ainsi régné entre les productions précoces de François et celles du bien plus célèbre Carlo Saraceni, à qui Venise a consacré en 2014 une exposition dont je vous ai parlé. Il a bien fallu que l'auteur tranche. Guy François a reçu la fameuse «Sainte Cécile» de la Galleria Barberini à Rome, jusqu'ici gloire de Saraceni. Une attribution déjà soutenue par Benedict Nicholson en 1979. Il y a là de quoi contrer l'opinion ancienne voulant qu'il s'agisse «d'un petit maître n'ayant droit au Louvre que depuis quelques années.» Cela dit, François a parfois eu la bonne idée de signer, et même de dater. On peut ainsi lire sur une toile «Guido Franciscus Aniciensis faciebat 1630», ce qui a le mérite de clore le débat. La famille devait sans doute participer. Un des frères de Guy, deux de ses neveux et l'un ses de petit-neveu étaient aussi peintres.

Carlo Saraceni ou Guy François? De toute manière, cette "Sainte Cécile" est un chef-d'oeuvre. Photo Galleria Barberini, Rome 2019.

La plus grosse surprise vient en fait du nombre des œuvres conservées pour un artiste français des débuts du XVIIe siècle. Bruno Saunier catalogue 123 toiles, parfois de grandes dimensions (dont une voûte peinte) et 23 dessins. Il rejette en fin de volume d'autres créations. Elles devront se chercher un nouveau père. L'histoire de l'art n'est qu'un vaste «work in progress».

(1) Il est revenu au bercail en 1613 après cinq ans passés à Rome.

P.S. Je profite de l'occasion pour signaler que le Musée Crozatier du Puy a rouvert ses portes il y a quelques mois, remis en état et pourvu d'une nouvelle aile que l'on dit fort réussie. Son fonds Guy François se révèle très riche.

Pratique

«Guy François, Peintre caravagesque du Puy-en-Velay», de Bruno Saunier aux Editions Arthéna, 240 pages.


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