Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ART ROMAN/Deux livres pour Saint-Trophime d'Arles enfin restauré

Crédits: DR

C'est l'un des plus insignes monuments romans. Il s'est vu à ce titre classé dès 1840, ce qui en fait l'un des premiers bâtiments inscrits sur la liste lancée sous Louis-Philippe. Et pourtant! Le tympan sculpté comme le cloître de Saint-Trophime d'Arles semblaient à l'agonie dans les années 1960. L'entretien d'un édifice n'a jamais été le fort de nos amis français. Il a fallu que Jean-Maurice Rouquette, conservateur en chef des musées de la Ville, pousse un cri d'alarme vers 1970. C'était le moment ou jamais. La ville s'apprêtait à se voir inscrite au Patrimoine de l'Unesco, ce qui sera fait en 1981. Notons au passage que Rouquette est l'un des hommes auxquels Arles doit l'entrée de la photo comme objet de contemplation et d'exposition. L'ancien et le moderne ne s'opposent pas fatalement, comme le pensent trop certaines gens de culture. 

Une restauration exemplaire a fini par se voir menée. Elle a commencé par le portail. Les travaux ont débuté en 1989 pour s'achever en 1996. La croûte noirâtre qui couvrait les sculptures, menaçant leur survie, avait jusqu'à un centimètre d'épaisseur. Depuis tout va bien, ou presque. Le monument est surveillé et la place de la République reste interdite aux voitures, ce qui fait par ailleurs du bien aux piétons. Demeurait le cloître attenant, vestige d'un énorme ensemble monastique un peu transformé au XVIIe siècle et en bonne partie démoli au XIXe, notamment pour créer une poste. Cette merveille de l'art des XIIe-XIVe siècles (on allait lentement au Moyen Age) posait d'innombrables problèmes, et les querelles entre restaurateurs possèdent parfois quelque chose de byzantin. Les travaux ont ici débuté en 2006 pour s'achever récemment. Arles et le World Monuments Fund y ont mis le prix et le temps. Il y avait là des dizaines de milliers d'heures de travail...

Un premier livre sur le portail 

En 1999, un premier livre a paru sur la cathédrale, qui a remplacé au Moyen Age un somptueux édifice paléochrétien, dont les archéologues ont retrouvé il y a quelques années les traces dans une autre partie de la ville. Je préciserai à tout hasard que Trophime serait (le personnage semble largement légendaire) le premier évêque d'Arles. Un monsieur ayant donc vécu à une époque assez floue. L'ouvrage, collectif, s'est aujourd'hui vu mis à jour. Il fallait le rééditer au moment où sort le volume jumeau consacré au cloître. Pour les avoir parcourus, je peux vous dire qu'il s'agit là d'une lecture trapue. Un glossaire permet Dieu merci de s'y retrouver et les chapitres restent courts. Ces sont des publications scientifiques, même si Actes Sud les diffuse. Mais, pour la maison d'édition arlésienne, il s'agit d'un devoir de fonction. 

Un dernier mot sur les photos. Elle sont en couleurs. Les images manquent du coup de profondeur. La sculpture se prête mieux au noir et blanc, qui répartit harmonieusement les lumières. Je me souviens de l'impact qu'ont eu, dans les années 1950 et 1960, les nombreux tomes sur la France (puis l'Europe) romane édités par Zodiaque. Ils avaient créé un véritable intérêt populaire pour l'art des XIe et XIIe siècle, le gothique semblant alors presque décadent et en tout cas moins pieux. L'émotion des images de Zodiaque ne se retrouve pas ici. Mais peut-être avons-nous perdu notre capacité d'émerveillement.

Pratique

«Le portail Saint-Trophime d'Arles», collectif, photographies de Jean-André Betozzi, croquis d'Andreas Hartman-Virnich, aux Editions Actes Sud, 168 pages. «Le cloître Saint-Trophime d'Arles», collectif, photos de Jean-Luc Maby, aux Editions Actes Sud, 168 pages.

Photo (DR): Le tympan d'Arles représentant un Christ avec les symboles des quatre évangélistes

Prochaine chronique le vendredi 22 septembre. De l'art contemporain sur le Palatin romain.

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