Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Art en Vieille Ville a réussi son coup avec ses vernissages collectifs. Il manquait juste le public...

Des dessins chez Schifferli à l'Antonio Segui de Sonia Zannettacci en passant par les Hollandais du Siècle d'Or de Salomon Lilian, il y avait beaucoup (trop) à voir.

Adolphe Braun à la galerie Grand-Rue.

Crédits: DR.

Le mois de septembre avait assez mal commencé le jeudi 2 avec des Bains se limitant à quelques galeries, dont le doublé Xippas pour ses dix ans à Genève et la présentation de Thomas Huber chez Skopia. Il nous devait une revanche. Celle-ci a eu lieu le mercredi 29 (jour de semaine insolite) grâce à Art en Vieille Ville. Un quartier genevois qui a bien remonté la pente depuis quelques années. Il y avait au menu treize galeries et trois musées. Tout ne se révélait certes pas tout neuf. Laura Gowen ou Rosa Turetsky avaient ainsi verni quelques jours plus tôt. Je vous ai parlé de la première. Je reviendrai sur la seconde, qui a accompagné sa présentation d’Andrea Gabutti d’une belle monographie imprimée en Suisse. Rosa fait rarement les choses à moitié.

Deux galeries ont uni leurs forces pour l'occasion. Il s’agit à nouveau de L’Exemplaire et d’Illibrairie. Ces spécialistes du livre ancien («Antiquariat», en bon allemand) ne montrent plus le travail éditorial d’un galeriste comme Daniel-Heny Kahnweiler. Ils proposent cette fois un franc-tireur de la littérature et surtout de la poésie, Guy Lévis Mano (1904-1980). Un homme à qui l’on doit quelques cinq cents ouvrages, publiés entre 1924 et 1945 de manière artisanale. Il y a là des volumes dodus, mais surtout beaucoup de plaquettes où Lévis Mano fait preuve de ses dons de typographe. A partir d’une collection suisse, Alexandre Illi, Catherine Tabatabay et Eliott Cardet ont réuni presque l’intégrale de l’œuvre. A découvrir jusqu’au 30 octobre.

Un jeune homme de 87 ans

Antonio Segui se retrouve pour la sixième fois tout près, chez Sonia Zannettacci. A 87 ans, le peintre argentin livre des toiles de jeune homme. L’acrylique et l'encre donnent des peintures mates, aux tons d’aquarelles. Il y a là plein de militaires et de jeunes femmes aux jupes dansantes. C’est à la fois joyeux et un peu inquiétant. L’ensemble s’appelle du reste «Les lumières de la nuit». Vous avez jusqu’au 29 janvier 2022 pour découvrir cet ensemble dont beaucoup d’élément datent bel et bien de 2021. Schifferli, à quelques pas de là, propose ses «Petits formats, grand dessins». Un écho aux «Dessins XXL» que va montrer dès la mi-octobre le Musée Jenisch de Vevey. Dans cet espace de poche sont bien sûr entrés un minuscule Tom Wesselmann ou un Zao Wou-ki de taille raisonnable. Mais Patrick Pouchot-Lermans a réussi à de placer aux murs un immense Silvia Bächli et non moins vaste Jim Shaw. A voir d’ici le 4 décembre, en s’attendant à quelques rocades.

Antonio Segui chez Sonia Zannettacci. Photo Segui, galerie Sonia Zannettacci.

La galerie Grand-Rue campe sur ses «Montagnes». Mais le visiteur doit assister à des confrontations. Pacifiques, je le précise. Nous sommes ici dans un endroit bien élevé. Il y a juste de la photographie, parfois de grandes dimensions (j’ai noté deux beaux Adolphe Braun) à côté des traditionnels gouaches, gravures, aquarelles et dessins. L’accrochage se prolonge jusqu’au 30 octobre. Côté ancien toujours, Salomon Lilian a un peu triché avec le programme. Cette galerie spécialisée dans l’art hollandais du XVIIe siècle promettait de nouveaux trompe-l’œil. Elle a été prise par le temps. Elle part le cœur léger pour Londres. Frieze Masters. La première foire classique depuis un an et demi. Rodolphe de Causans a du coup laissé ce qui était aux murs. J’ai remarqué un arracheur de dents de David Teniers, un beau Frans Floris et un portrait d’homme, avec l’habituelle collerette à dentelles, de Van Ravesteyn. Vraiment pas de quoi se plaindre!

Que les "Lumières" soient!

Chez Patrick Gutknecht, l’homme des arts décoratifs du XXe siècle, tout tourne cette fois autour des luminaires. Du stuc doré avec des angelots. De classiques lampadaires. Du fer forgé digne d’une église. Cela s’appelle «Lumières». Et cela durera jusqu’au 31 décembre. Un avant-goût de Noël, alors que nous entrons à peine dans l’automne. Je n’ai eu le temps de voir ni Espace Muraille, ni le Musée Barbier-Mueller, qui inaugurait en ce mercredi 29 septembre son exposition archéologique sur les bronzes du Dông Son d’Asie du Sud-Est (1). Je n’ai que deux yeux et deux jambes. Ils ont été très sollicités depuis un mois. Il y a eu abus à Genève. Consommer trop d’expositions peut aussi nuire à la santé. Stop addictions!

(1) Et a fortiori l’exposition «Brueghel, Une affaire de famille» de la galerie de Jonckheere, avec laquelle mes rapports restent glaciaux en dépit du réchauffement terrestre.

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