Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARLES/"La vie simple" à la Fondation van Gogh. Si simple que ça?

Crédits: Jürgen Teller/Fondation Van Gogh, Arles 2017

Ville historique, ville pauvre, ville touristique, Arles se veut aussi ville d'art. Les fondations y grouillent un peu comme à Venise, pour laquelle j'aurais pu employer les mêmes adjectifs. Depuis quelques semaines, la Fondation Van Gogh propose ainsi son exposition d'hiver, alors que la cité désormais sans visiteurs se recroqueville sur elle-même. Montée par la Zurichoise Bice Curiger, en charge de l'institution privée, et par Julia Marchand, celle-ci s'intitule «La vie simple-Simplement la vie». Un jeu de mots comme les aimait jadis Jean-Luc Godard. Le sous-titre dit «Songs of Alienation». Impossible de faire de l'art contemporain en français, tout le monde sait ça. Et puis cela fait plus chic pour parler de la chose. Elle reste tout de même désagréable, même si tout respire le luxe à la Fondation. 

La manifestation entend «mettre en relief nos conceptions de style de vie tournés vers la simplicité.» Une vision un peu archaïque, très éloignée des grands ensembles banlieusards, comme il en existe tout près à Avignon. Le public se retrouve dans une sorte d'Eden évoquant un peu les pages sur papier glacé du mensuel «Côté Sud». Les grandes gravures sur bois d'Andrea Buttner se veulent ainsi «un hymne à l'humilité». La culture vue par le musée des Hoffmann possède à Arles quelque chose de hors-sol, même si elle se veut cette fois paradoxalement rurale. Les deux commissaires ont ainsi emprunté des santons au Musée Arlaten voisin, toujours fermé pour travaux. Elle ont puisé dans le stock de gravures jadis imprimés par la maison Goupil. Et il y a bien sûr, seul dans une chambre, le Van Gogh tutélaire. Il se voit aussi rappelé par quelques estampes de Jean-François Millet, le peintre des paysans, que le Hollandais admirait tant.

De Nicolas Party à Jürgen Teller 

Tout ceci forme le terreau de l'exposition. Mais nous sommes ici dans un lieu «arty», voué au contemporain, comme l'annonce dès l'entrée le portail signé Bertrand Lavier. Il y a donc aux murs laissés blancs (les parties réservées aux citations anciennes étant recouvertes de jute) aussi bien le Suisse Nicolas Party que le photographe allemand Jürgen Teller. Yto Barrada, Jonathan de Andrade ou différentes œuvres tirées de la Collection Yolande Clergues (Errò, Lucien Clergues...) font l'appoint. Une salle projette en boucle le dernier dessin animé de David Claerbout, qui a refait «Le livre de la Jungle» de Walt Disney en éliminant tout anthropomorphisme. Autant dire qu'on s'ennuie un peu avec ses animaux trop vrais. Le spectateur a donc tout le temps de se demander s'il existe encore bien une jungle aussi bien préservée aujourd'hui. 

L'exposition intéresse donc, sans vraiment convaincre. Elle pose par ailleurs plusieurs problèmes. Luc, le patriarche Hoffmann, est mort nonagénaire l'an dernier. Sa fille Maja propose ailleurs, à l'autre bout de la ville, sa propre fondation dont les ambitions semblent gigantesques en matière de création actuelle, de la photo à la danse. Comment faire pour ne pas doublonner? Et ne serait-il pas bon, après cette vie simple à la Marie-Antoinette, de se pencher sur ce qui fait la spécificité d'Arles? Juste à côté de la Fondation Van Gogh, le Musée Réattu, municipal, tire le diable par la queue. Il n'a ainsi pas eu de directeur (ou plutôt de directrice) pendant un certain temps. Je ne sais où les choses en sont aujourd'hui. Alors qu'il se dépense ici et surtout aux ex-Ateliers SNCF tant de millions pas forcément utiles, ne faudrait-il pas un geste pour le conservatoire patrimonial de la cité? Et les églises d'Arles ont elles aussi terriblement besoin d'un coup de pouce...

Pratique

«La vie simple-Simplement la vie», Fondation Van Gogh, 35, rue du Docteur-Fanton, Arles, jusqu'au 2 avril 2018. Tél. 00334 90 93 08 08, site www.fondation-vincentvangogh-arles.org Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

Photo (Jürgen Teller, Fondation Van Gogh, Arles 2017): L'auoportrait à l'âne de Jürgen Teller.

Texte intercalaire.

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