Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARLES/La Fondation LUMA montre les archives d'Annie Leibovitz

Crédits: Boris Horvat/AFP

Mille mètres carrés. Il fallait bien cela pour quelque mille photos sur les quelque huit mille acquise par la Fondation LUMA. Et encore! Il est permis de se demander si cela a suffi. Parties de bas, les images en noir et blanc d'Annie Leibovitz grimpent si haut sur les cimaises que le visiteur devra se contenter de deviner nombre d'entre elles. C'est un empilage de célébrités des années 70 et du début de la décennie suivante. N'en jetez plus! 

L'idée a pu se voir matérialisée par les moyens financiers illimités de Maja Hoffmann. Pour une somme non révélée, cette dernière a acquis les archives de l'artiste américaine afin de les rendre publiques. Elles se retrouvent aujourd'hui (en partie) montrées. Et ces œuvres se verront par la suite étudiées et réétudiées. Voilà de quoi satisfaire l'ego déjà surdimensionné de la dame (Annie, pas Maja), qui a pourtant joué les gentilles lors des présentations à la presse de «Annie Leibovitz, The Early Years 1970-1983, Archive Project # 1». Cette fois, les journalistes n'ont pas dû présenter de lettres de motivation avant de pouvoir lui parler, ce qui était arrivé il y a quelques années à une personne du «Monde», qui en avait fait un article vengeur.

Les années "Rolling Stone" 

Il faut dire qu'en 1970, Annie débutait à 21 ans dans le 8e art avec des moyens modestes. Elle travaillait pour le jeune magazine «Rolling Stone» qui en fera, au vu des premiers résultats, son iconographe en chef quatre ans plus tard. Elle devait alors se montrer active tout le temps. Passer de la démission de Richard Nixon à la tournée américaine des Rolling Stones. Il n'y avait pas encore derrière Annie l'énorme équipe d'assistants, de costumiers et de décorateurs qui se développera après son passage à «Vanity Fair» en 1983 (une vingtaine de personnes au moins). La photographe donnait dans le marginal de luxe et le politique. Elle ne pensait sans doute pas qu'elle portraiturerait plusieurs fois Elizabeth II (tout un numéro récent de «Vanity Fair») ou qu'elle ferait la publicité de Vuitton comme de Lavazza... La débutante eut sans doute jugé à l'époque l'idée forte de café. 

Et à quoi ressemble l'exposition arlésienne, saluée comme un événement par toute la presse branchée? Ouf... Ouille... Beuuh... Elle ne donne pas la meilleure image de l'intéressée, qui n'est pas une grande reporter en dépit de ses constantes invocations de Robert Cartier-Bresson et de Robert Frank. Ce sont les gens devant l'objectif qui se révèlent extraordinaires, d'Allen Grinsberg à John Lennon, dont elle a pris le dernier regard avant son assassinat. Encore faut-il les connaître, la recherche des légendes n'apparaissant pas des plus aisée! Tout ne va hélas pas de soi. Je reste toujours étonné de ce «temps fixé» des vieux rockers, qui peinent à comprendre le le monde a bien changé depuis les «seventies». Ils se croient encore dans l'actualité alors qu'il s'agit déjà d'histoire. Et cette histoire lointaine reste étrangère aux jeunes générations.

Quelques beaux portraits 

Fatigante, cette exposition boulimique se clôt avec quelques effigies annonçant la suite. Cette fois, on arrive dans le vif du sujet. Annie est au meilleur de sa forme. C'est une portraitiste. Presque une peintresse. Et elle sait magnifiquement jouer de la couleur. Espérons qu'il y ait après cette indigeste mise en bouche un «Archive Project # 2»!

Pratique 

"Annie Leibovitz, The Early Years 1970-1983, Archive Project # 1", Arles, Grande Halle SNCF, jusqu'au 24 septembre. Tél. 00334 90 96 76 06, site www.rencontres-arles.com Ouvert tous les jours de 9h30 à 19h. L'exposition ne fait pas vraiment partie des «Rencontres», mais elle est accessible à ses porteurs de billets avec un petit supplément de trois euros.

Photo (Boris Horvat/AFP): Annie Leibovitz dans son exposition d'Arles au mois de mai.

Texte intercalaire.

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