Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ARCHÉOLOGIE/Le Musée de l'Arles antique et "Le luxe dans l'antiquité"

Crédits: Bibliothèque nationale, Paris/Musée de l'Arles antique

Arles n'est pas que la ville de la photographie. Il s'agit d'un haut-lieu de l'archéologie en France, ce que confirment régulièrement des découvertes, les dernières en date s'étant opérées dans le Rhône ou le faubourg de Trinquetaille. La cité a joué un rôle considérable dans l'Antiquité, puis au haut Moyen-Age. Un musée a été en conséquence construit par Henri Ciriani. Ouvert en 1995, il s'est vu agrandi en 2012. Le Département des Bouches-du-Rhône avait alors oublié de demander la permission à l'architecte, qui lui a intenté un procès. Perdu en dernier recours. Une bonne nouvelle pour ceux (dont je suis) qui trouvent que le droit d'auteur devient un peu abusif en France. 

Durant des années, le Musée de l'Arles antique a travaillé l'été la main dans la main avec les «Rencontres». Ce n'est plus le cas en 2017. L'institution propose «Le luxe dans l'Antiquité». Une présentation fastueuse. Il faut dire que l'interminable et laborieuse réfection de la Bibliothèque Nationale, site Richelieu, a rendu beaucoup de pièces disponibles. L'exposition a ainsi accompli auparavant une tournée américaine, allant de Kansas City à Houston. On ne sait toujours pas à quoi ressemblera le Cabinet des Médailles une fois les travaux (enfin) terminés. Or le Cabinet en question ne possède pas que 700 000 monnaies. Il détient 42 000 œuvres diverses, acquises sous l'Ancien Régime et au XIXe siècle. Sa dernière manifestation avant fermeture a ainsi été vouée aux vases grecs donnés par le duc de Luynes.

Trésors recueillis en France 

A cette époque, le (rare) visiteur pouvait encore découvrir, dans une mise en scène à la fois vieillotte et déprimante, les chefs-d’œuvre des collections. Il y avait notamment là de l'orfèvrerie romaine, en général exhumée sous forme de «trésors». Il s'en est recueilli sur le sol national depuis le XVIIe siècle, les trouvailles appartenant en principe à la Couronne. Il est néanmoins permis de supposer que nombre d'entre eux ont fini fondus par ceux qui les ont découverts. L'argent possédait alors une valeur très supérieure à ce qu'elle représente aujourd'hui. Il a aussi toujours des vols. Pour prendre un exemple récent, et suisse, on sait qu'un des énormes plats du trésor d'Augst a disparu au cours des fouilles. Envolé!

Le Musée de l'Arles antique expose donc, dans une immense salle obscurcie, les plus belles pièces du Cabinet. L'essentiel provient du «Trésor de Berthouville», trouvé en 1830 dans l'Eure par un paysan du nom de Prosper Taurin. Il y avait là 93 objets. Ils viennent de se voir restaurés non pas à Paris, comme le veut la tradition, mais au Getty de Los Angeles (qui a probablement payé la facture). Opération réussie. L'ensemble brille comme un soleil. D'autres pièces sont de révélation plus ancienne. Le plat dit «Bouclier de Scipion» est sorti du Rhône près d'Avignon en 1656. Le «Bouclier d'Hannibal», appellation tout aussi mythique, semble connu depuis 1714. Il y a aussi la «Patère de Reuss», trouvée dans circonstances obscures au XVIIIe siècle. Notons que cette dernière est en or 23 carats et qu'elle inclut des monnaies impériales. Ce type de décor est demeuré récurrent à travers les siècles. Dans les années 1980 encore, la maison Bulgari proposait des colliers avec des médailles antiques.

Une information difficile 

Tout cela se voit enfin présenté avec le faste voulu, même si j'éprouve des réserves face aux éclairages filtrés par un décor de faux onyx. Autant dire que l'effet n'est plus le même que dans des vitrines crasseuses. Des textes expliquent ce que l'on sait, c'est à dire souvent peu de chose. L'argenterie a pu se voir confectionnée un peu partout dans l'Empire (1). Ce genre d'objets circulait beaucoup. Un don votif n'impliquait pas que tout ait été créé à la même époque. Des pièces utilitaires, parfois anciennes, se voyaient dédiées à une divinité après avoir passé des générations sur une table. Celles, particulièrement somptueuses, ayant appartenu à un certain Anitus Domitius Titus ont ainsi fini mêlées à d'autres dons plus modestes au nom d'une foi commune.

Quelques objets plus récents se voient proposés. Il y a le plat de Gelimer, roi des Vandales, remontant au VIe siècle. En guide d'ouverture à l'exposition, le Musée de l'Arles antique propose également un camée qui est bien antique, mais dont la monture date du XIVe siècle. Charles V l'avait alors offert à la cathédrale de Chartres. La présence d'un Jupiter n'avait choqué alors personne. En revanche, il n'y a pas ici de pièces rentrées au Cabinet au XXe siècle. Les acquisitions les plus récentes ont fini au Louvre, comme l'énorme «Trésor de Boscoreale» offert par des Rothschild provenant d'une fouille en Italie. La collection du Cabinet constitue donc, à tous les sens du terme, une collection historique.

(1) C'est bien le problème du «Trésor de Sveso», apparu sur la marché dans les années 1980. Où a-t-il été exhumé? Après saisie à New York, l'affaire a été portée devant la justice américaine. S'affrontaient le Liban, la Yougoslavie (qui existait encore) et la Hongrie. Plus le propriétaire, un marquis anglais, à qui les 14 pièces ont finalement été rendues. La moitié a été achetée à la famille britannique en 2014 par le gouvernement hongrois pour 15 millions d'euros. L'argenterie devrait se retrouver en 2018 au Musée des beaux-arts de Budapest. Il semblerait qu'une partie seulement du trésor resterait connue des scientifiques et que le reste serait gardé bien caché. Les éternelles rumeurs...

Pratique 

«Le luxe dans l'Antiquité», Musée de l'Arles antique, presqu'île du Cirque romain, Arles, jusqu'au 21 janvier 208. Tél. 00334 13 31 51 03, site www.arles-antique.cg13.fr Ouvert tous les jours, sauf mardi, de 10h à 18h. Un film reconstitue la cération d'une coupe en argent. J'ai noté aux abords un «food-truck» nommé The Prandium, autrement dit le repas. C'est beau le multilinguisme, non?

Photo (Bibliothèque Nationale/Musée de l'Arles antique): Une des coupes pésentées à Arles.

Le texte est suivi d'un autre sur l'exposition Alice Neel de la Fondation Vincent van Gogh.

Prochaine chronique le dimanche 27 août. Un Courbet réaapparaît dans le Jura. 

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