Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Genevois d'adoption, le galeriste Anton Meier est mort à 83 ans. La fin d'une époque...

Le Lucernois est resté sous les toits de l'Athénée durant des décennies. Fidèle à ses artistes, il a beaucoup fait pour fédérer ses collègues dans les années 70.

Anton Meier dans sa galerie.

Crédits: Genèveactive

Encore une disparition physique… Quelques semaines après la mort de Charles-Edouard Dufflon, Anton Meier s’en est allé. Subrepticement. Le décès remonte au 30 avril. Sa famille s’est faite discrète. Il aura fallu un petit article de presse, puis une conversation impromptue pour que je me voie mis au courant. Comme cela avait été le cas il y a quelques années avec Michel Foëx, de chez qui Anton avait repris par la suite quelques artistes devenus orphelins... Le monde de l’art n’est pas fait que de «trombones» bien sonores. Il développe aussi une petite musique dont les vedettes restent les peintres et sculpteurs, et non pas ceux qui tentent de leur rendre la vie moins difficile.

Une exposition de Mireille Gros chez Anton Meier à l'Athénée. Photo tirée du site de la galerie.

Anton Meier nous était arrivé de Lucerne. Il en gardait un petit accent qui se remarquait vite, même s’il ne s’agissait pas d’un grand bavard. Il y a quelques mois encore, le public pouvait le voir derrière son ordinateur, au premier étage de l’Athénée, qu’il s’apprêtait à abandonner. Depuis des années, Anton, qui venait de célébrer son 83e anniversaire, nous annonçait sa retraite. C’était toujours «pour bientôt». La dernière fois que je l’ai rencontré, il préparait cependant un accrochage annonçant la couleur. Le titre en était «Dernière exposition». Celle-ci n’a jamais eu lieu, confinement oblige. La clôture, après plusieurs décennies dans ce lieu sans grande visibilité, s’est du coup opérée fin décembre incognito. Il y a juste eu auparavant une braderie de pièces mineures. Le galeriste gardait par devers lui son stock, qui doit sans doute passer aujourd’hui à ses deux enfants.

Débuts à Carouge

C’est à Carouge qu’Anton Meier avait commencé par s’installer. Il s’agissait déjà, au début des années 1970, d’un lieu de passage pour Genevois en goguette. L’homme a vite déménagé pour s’enterrer rue Saint-Léger, en face du parc des Bastions. Il occupait en demi sous-sol une loge de concierge améliorée. Tout un public a pourtant su en trouver le chemin. Des amateurs un tantinet exigeants. A l’époque encore, une galerie restait volontiers un lieu dont le propriétaire de contentait de louer les murs. D’où des présentations d’un niveau pour le moins divers. C’est afin de réagir contre cet état de fait qu’Anton Meier a créé, avec quelques collègues sérieux, l’Association des Galeries genevoises d’art moderne ou AGGAM. Ses membres devaient adopter une discipline stricte. De vraies expositions, avec des œuvres sortant de l’atelier. De réelles prises de risques au niveau du financement. Anton Meier a ainsi produit des gravures et des éditions, tout comme Jacques Benador qui restait lui rétif à tout regroupement professionnel.

"Dix artistes suisses". Photo tirée du site de la galerie Anton Meier.

Anton Meier avait «ses» artistes. Autrement dit des gens qu’il soutenait et présentait au public avec régularité, chaque exposition se voyant accompagnée d’un petit catalogue oblong. Certains de ses poulains couraient sur divers hippodromes, dont Dieter Roth. D’autres lui étaient propres. C’est ainsi que l’on a pu voir et revoir sur les murs de Saint-Léger, puis de l’Athénée (où Anton avait succédé à la volcanique Maguy Bondanini), des gens comme Hans Schärer, Gaspar O. Melcher, Mireille Gros, Annelies Štrba, Daniel Berset, Charles de Montaigu, Philippe Deléglise, Franklin Chow ou Franz Eggenschiler. Une famille d’élection ayant aujourd’hui quelques rides, mais des rides d’expression. A un très niveau, Ernst Beyeler le disait bien à Bâle. On n’est jamais le galeriste que d’une seule génération.

Un univers discret

L’homme ne se sentait pas trop dépassé pour autant, même s’il n’attirait pas le public à la mode que se partagent aujourd’hui à Genève Wilde et Xippas. Ses amateurs restaient des gens ennemis de tout tapage. On les retrouvait parfois en tribu, quand Anton Meier les rassemblait pour une matinée ou une lecture. Beaucoup de têtes grises. Le monde de l’art n’est pas composé que de milléniums. Le fait qu’Anton ait fermé sa galerie attristait déjà ces amis. Un temps, le leur, s’était écoulé. Son décès donne maintenant une impression de perte irrémédiable. Quand quelqu’un meurt en Italie, on dit qu’il est «mancato». Ce qui donne l’idée de manque. Effectivement. C’est devenu très loin en 2021, l’AGGAM et son annuel «Week-end Portes ouvertes»...

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