Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Antoine Martin décolle à Genève en présentant "Flugzeug" chez andata.ritorno

Le Genevois évoque son père constructeur amateur d'avions avec une présentation d'objets aériens. Il a aussi conçu un joli petit livre illustré.

Au coeur d'une des installations d'Antoine Martin.

Crédits: Photo andata.ritorno, Genève 2021.

On aurait naguère dit que «cela planait pour lui.» Antoine Martin propose «Flugzeug» à andata.ritorno, qui reste le «laboratoire d’art contemporain» genevois. A 61 ans, l’artiste paraphrase une partie de l'histoire familiale. Son père déjà âgé construisait des avions, qui ne volaient pas tous. Il avait auparavant fait une grave chute de planeur. Une image d’Antoine petit garçon dans la carlingue paternelle se trouve du reste dans l’espace duchampien «Etant donné», visible grâce à un oculus au fond du vestibule. Elle atteste l’authenticité de ce qui demeurait autrement une rêverie aux yeux du public.

Construits méticuleusement avec du bois, de la colle, de la toile et du noir issu du bitume de Judée, les avions, ou plutôt les fragments d’appareils d'Antoine renvoient autrement aux tout débuts de l’aviation, vers 1900. On pense au vieux films de Ken Annakin «Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines», sorti en 1965. Il s’agissait alors de faire aussi léger que l’air. La guerre de 1914 transformera ces objets poétiques en engins de bombardement, et donc en véhicules de mort. Côté plastique, «Flugzeug» évoque par ailleurs les créations de Panamarenko. Un Belge qui s’est envolé pour d’autres cieux fin 2019. Le choix d’un mot allemand peut enfin rappeler Joseph Beuys, dont on fêtera en mai les 100 ans de la naissance. Tout son art est en effet né d’un crash d’avion en Crimée, alors qu’il était pilote militaire...

Mise en scène bien réglée

Parfaitement réglée, la mise en scène fait un sort aussi bien aux créations les plus volumineuses d’Antoine Martin qu’à de petits tableaux. Une rentrée réussie pour le Genevois, qui n’avait plus eu d’exposition personnelle depuis 2013, année où il avait été montré chez Numaga à Auvernier. L’artiste fait en effet partie des «orphelins» de Michel Foëx, qui avait foi (osons le jeu de mots) en l’art local. Le décès de Michel a été suivi à la fin de l’an dernier par le retrait d’Anton Meier, qui a fermé sa galerie. La situation des créateurs romands en milieu de carrière devient difficile pour ceux qui ne font pas partie du réseau proche du Mamco.

L’exposition actuelle s’accompagne d’un petit livre oblong, conçu graphiquement par Antoine Martin lui-même. Il comporte comme il se doit un petit texte de Joseph Farine, sans qui andata.ritorno n’existerait pas. Ce joli objet, qui comprend notamment des dessins préparatoires, laissera une trace de ce qui s’annonce comme une des plus jolies aventures genevoises de l’année. L’une des plus aériennes en tout cas.

Pratique

«Antoine Martin, Flugzeug», andata.ritorno, 37, rue du Stand, Genève, jusqu’au 10 avril. Tél. 078 882 84 39, site www.andataritornolab.ch Ouvert du mercredi au samedi de 14h à 18h.

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