Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Annulé, le Turner Prize de 2020 se verra remplacé par dix bourses de 10 000 livres

C'était prévu! Le directeur de la Tate Britain a cependant obtenu de distribuer davantage d'argent en raison de la dureté des temps. Ce sera cette fois du soutien.

"My Bed" de Tracy Enim. Un scandale devenu historique.

Crédits: Tracy Enim, DR.

On s’y attendait un peu… Le Turner Prize n’aura pas lieu en 2020. Les organisateurs ont invoqué des problèmes d’intendance et de temps.«Le calendrier est serré pour la préparation et l’exposition annuelle n’aurait pas été possible, vu les restrictions actuelles.» La chose ne signifiera pas qu’il ne se passe rien cette fois. Alex Farquharson, qui dirige la Tate Britain où la présentation publique se déroule normalement (tout ce qui est britannique se passe obligatoirement à la Tate Britain), a expliqué qu’il y aurait à la place dix bourse de 10 000 livres (environ 12 000 francs). Un gros effort financier. En temps normal, le prix ne vaut à son unique lauréat que 25 000 livres. Plus une gloire parfois éphémère.

Alex a expliqué cette décision par la dureté des temps. Il faut venir au secours des créateurs (pas forcément jeunes). «Je pense que Turner, qui prévoyait d'aider des artistes quand ils se trouvaient dans le besoin, aurait approuvé notre décision.» Il faut dire que, comme je vous l’avais raconté à l’époque, 2019 avait déjà été marqué par une petite révolution. Les quatre nominés avaient exigé, et obtenu, que le prix se voie réparti entre eux au lieu d’aller à une seule personne. Surtout pas de compétition! Reste que le quatuor avait un scié la branche sur laquelle le Turner est fragilement assis. Pourquoi continuer dans ces conditions, le Prize n’ayant finalement été créé qu’en 1984? Rien à voir avec l’ancienneté d’une Royal Academy (RA), née en 1768!

Un caractère scandaleux

Cette relative jeunesse a permis de conserver à la chose son caractère souvent scandaleux. Les nominations et le choix final ont souvent créé des controverses. En 1993, Damien Hirst se voyait remarqué pour deux vaches sciées à mi corps et plongées dans du formol. En 1998, Chris Ofili scandalisait par l’utilisation de bouse d’éléphant, tandis que Tracy Enim choquait avec «My Bed». Devenue iconique depuis, et revendue pour cette raison un prix énorme, cette pièce se composait d’un lit souillé, de bouteilles de mégots de cigarettes et d’autres déchets. La chose a contribué à faire dire à Kim Howell (Kim au masculin), ministre de la Culture, que le Turner Prize était réservé à un art «froid, mécanique et conceptuel faisant la part belle aux animaux morts et aux préservatifs usagés.» Un avis aussitôt endossé par le prince Charles, aquarelliste dans la plus pure tradition.

Alex Farquhardon. Photo Tate Gallery, Londres 2020.

Cela dit, il est toujours passionnant de suivre le Turner Prize à la Tate Britain. D’abord parce qu’il est amusant de le voir voisiner avec des Gainsborough et des Reynolds somptueux sans que nul s’en offusque vraiment. Ensuite parce que chaque édition secoue le cocotier. J’avoue en ressortir périodiquement perplexe, en me disant que j’ai prix un coup de vieux et que je ne comprends plus rien à rien. Cela dit, il y a une suite. Souvent imprévue. Aujourd’hui Tracy Enim enseigne le dessin à la Royal Academy. Elle a appuyé l’achat de deux Titien ruineux par la National Gallery. La dame a aussi été le commissaire d’une petite exposition au Musée d’Orsay à Paris. Elle a par ailleurs fait partie des donateurs en œuvres de la RA à Elizabeth II pour ses 60 ans de règne. Tracy risque bien de finir anoblie par cette dernière un de ses quatre matins. Londres n’est pas aussi coincée que Paris. On voit plus large à Buckingham qu’à l’Elysée.

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