Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Andrea Bellini: "Le résultat de "Lemaniana" au CAC devait rester une vraie surprise."

Les candidats ont répondu à un appel d'offres. Ils se présentaient comme des révélations possibles. Rien n'était pour une fois à Genève joué d'avance.

L'une des maquettes de bar de Stefania Carlotti. Version dorée.

Crédits: Stefania Carlotti, CAC, Genève 2021.

Andrea Bellini est un homme heureux. Il en a au moins l’air, ce qui compte beaucoup dans notre monde d’apparences. D’un avis général, «Lemaniana» constitue une réussite. L’exposition du Centre d’Art contemporain (CAC), qu’il dirige, amène au moins du nouveau. Elle découle d’un appel d’offres, ce qui change des commissariats habituels, avec leurs copinages non moins rituels. Ici, chacun avait au départ sa chance, même s’il n’y avait d’évidence pas de place pour tout le monde. Il y a bien moins de surface sur les murs du BAC de la rue des Vieux-Grenadiers que sur ceux de la Royal Academy de Londres au moment du «Summer Show», conçu sur le même principe!

Andrea Bellini, comment jugez-vous l’exposition, maintenant qu’elle est visible par le public?
D’abord avec surprise! Je ne savais pas davantage que les trois autres commissaires à quoi ressemblerait le résultat final. J’espérais de l’inconnu. De l’inédit. Eh bien, il y en a! Ce que l’on peut voir sur trois étages reflète véritablement une nouvelle génération, avec ce qu’elle peut offrir de puissant et de contemporain. En résumé, je suis content. Les artistes sélectionnés aussi. Nous sommes parvenu à créer un véritable accrochage. Ce n'est pas une salade russe tenant du devoir rempli. Nous ne voulions pas donner au CAC l’impression de s’être occupé des jeunes restés en rade lors d'une pandémie. Nous ne faisions pas du caritatif.

Dans «Lemaniana», il y a de tout et son contraire.
Il me semble que les gens qui débutent aujourd’hui sont moins rhétoriques. Moins didactiques. Plus ouverts du même coup.

Tout le monde pouvait participer au concours, même ceux ne fréquentant pas les écoles d’art. Cela a-t-il amené une plus grande variété de candidatures?
Bien sûr! En fait, seules les vedettes de la scène locale ne se sont pas présentées. C’était sans doute au dessous de leur dignité. Aujourd’hui certaines d’entre elles regrettent cette occasion perdue, alors que les lieux en activité se raréfient pour le moment.

Les quatre jurés les auraient-ils acceptées?
Bonne question! Il était clair que nous voulions, Mohamed Almusibli, Jill Gasparina, Stéphanie Moisdon et moi, privilégier les noms inconnus. Nous avions envie de réaliser des découvertes. Pour une fois, c’étaient les créateurs en devenir qui devaient tenir la vedette et non des curateurs dotés d’égo surdimensionnés. Nous avions décidé de sélectionner à l’unanimité. Nous avons regardé les dossiers avec beaucoup d’attention. Certains semblaient au dessous du potentiel de leurs auteurs. Nous sommes alors allé plus loin. Notre petite équipe a été surprise par le côté international des candidatures, presque toutes genevoises ou vaudoises, la Haute-Savoie s’étant peu manifestée. Il y a en tout une vingtaine de nationalités.

Comment voyez-vous l’avenir de ces jeunes?
Difficile. A de très rares exceptions près, ils n’ont pas trouvé de galeriste, et donc de diffusion possible. En ce moment, tous vivent très mal. La pandémie les a privés des petits boulots qu’ils faisaient pour vivre.

Est-ce que les œuvres aux murs sont du coup à vendre?
Mais oui, même si nous n’affichons pas les prix, qui existent sous forme de listes! Nous le pouvons en temps que Kunsthalle. Nous avons décidé que l’intégralité de la somme serait versée aux artistes. Les montants ne se révèlent en général pas très élevés. Parfois moins de mille francs.

Andrea Bellini. Photo RSI.

Avez-vous Andrea Bellini, acheté une œuvre pour vous personnellement?
Oui, et j’en suis très content.

Nous n’avons parlé que des moins de trente ans. Mais le plus vieux participant de «Lemaniana» affiche courageusement ses 87 ans.
Nous en sommes fiers. L’exposition voulait aussi aller à la rencontre de gens ayant eu un galeriste et appartenu à la scène locale. Le temps et les circonstances les ont ensuite éloignés du public. Je pense à Luc Joly, bien sûr, mais aussi à Sonja Aboussouan, à Félix Gagliardi ou à Marco Walpen.

La manifestation est-elle appelée à se répéter?
Difficile pour moi de répondre. La forme de biennale me semblerait trop rapprochée. Il faut le temps qu’apparaissent de nouvelles gens. Jusqu’à nouvel avis, les générations ne sont pas encore spontanées en art.

Pratique

«Lemaniana», Centre d’art contemporain (CAC), 10, rue des Vieux-Grenadiers, jusqu’au 15 août. Tél. 022 329 18 42, site www.centre.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h. Un premier article précède immédiatement celui-ci.

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