Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

AMSTERDAM/Avez-vous déjà entendu parler de Matthijs Maris?

Crédits: DR

Parallèlement à l'exposition Maelwael (voir l'article une case plus haut), le Rijksmuseum d'Amsterdam en propose une autre sur Matthijs Maris. Il faut bien remplir l’espace dédié aux présentations temporaires. C'est l'occasion pour le public international de découvrir un artiste inconnu en France, même s'il a vécu à Paris de 1869 à 1877. Son œuvre le mérite. Elle commence dans un relatif réalisme pour se terminer dans un style particulièrement nébuleux. Si Edgar Degas disait des toiles où son collègue Eugène Carrière représentait sa famille «on a encore fumé dans la chambre des enfants», que ne serait-il pas permis ici? Face aux ultimes réalisations de Maris, mort à 78 ans en 1917, le visiteur doit s'éloigner jusqu'au fond de la salle pour percevoir encore quelque chose. C'est le brouillard!

Matthijs est le puîné de la fratrie picturale des Maris. Il se situe entre Jacobus-Hendrikus, né en 1837, et Willem, qui a vu le jour en 1844. La famille est de La Haye, qui développe alors une «école», avant tout tournée vers le paysage avec des gens comme Anton Mauve (le cousin de Van Gogh) ou Georg Breitner. Matthijs a parfois sacrifié au genre durant sa jeunesse, où il se trouvait dans les Flandres. Il a ensuite changé d'orientation à Paris et surtout à Londres, où il a fini ses jours. L'Angleterre connaissait alors la seconde génération des préraphaélites. Le Hollandais leur a moins emprunté l'ambiance médiévale que le goût du vaporeux. Le symbolisme, alors en gestation puis triomphant, a connu plusieurs courants dont celui-ci.

Un envoi de Glasgow 

Très bien accrochée sur fond noir, la rétrospective frappe par ses toiles avant tout venues de la Collection Burrell de Glasgow. Ce musée écossais restera fermé jusqu'en 2010 pour travaux. Il prête donc volontiers. Je vous ai déjà dit que la National Gallery de Londres lui avait emprunté ses pastels de Degas. L'industriel Burrell semble avoir été passionné par ce Maris très célèbre de son vivant, vu le nombre d’œuvres de sa main qu'il avait rassemblées. La dernière période, anglaise, se révèle comme de juste la mieux représentée. C'est aussi la plus personnelle et la plus étrange. La plus paradoxale aussi. Comment le public d'alors a-t-il pu accepter cette forme précoce d'abstraction?

Pratique

«Matthijs Maris», Rijksmuseum, 1, Museumstraat, Amsterdam, jusqu'au 7 janvier 2018. Tél. 0031 020 6621 440. Site www.rijksmuseum.nl Ouvert tous les jours de 9h à 17h. 

Photo (DR): L'une des toiles les plus étranges de Maris proposées à Amsterdam.

Texte intercalaire. 

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