Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Allia publie les chroniques littéraires de Yo Savy, la fille longtemps cachée de Marcel Duchamp

Ces dernières parlent de tout et de rien, avec un art consommé de la volute autour de sujets évanescents. Yo ne savait pas encore à l'époque qui était son illustre père.

La couverture du livre.

Crédits: Editions Allia.

Derrière les petites histoires publiée aujourd’hui chez Allia, il y a toute une histoire. C’est celle de Yo Savy, dont les éditions parisiennes reprennent aujourd’hui «J’erre dans mon passé toujours plus proche». Inconnue de la plupart des gens, même si «Libération» a publié sa nécrologie en 2002, cette dame se révèle en effet la fille naturelle de Marcel Duchamp. Un amour de jeunesse. Il avait 24 ans quand elle est née en 1911. Sa mère tint longtemps sa langue. Elle a fini par lui annoncer la chose tout de trac, alors qu’elle avait déjà largement atteint la cinquantaine. La fille, pas la mère. Autant dire que cette dernière était devenue une respectable vieille dame.

Yo, qui faisait depuis longtemps de la peinture, n’a pas été si émue que cela. La rencontre prévue l’impressionnait pourtant, même si Duchamp restait alors un inconnu célèbre. Tout se passa le mieux du monde. Yo s’entendait bien avec Teeny, la jeune épouse du maître. Quant à Marcel, il était ravi d’apprendre que le mari de Yo jouait très convenablement aux échecs. Pas besoin pour eux des sujets de conversations. Il y avait le goût commun du jeu. Tout dura ainsi en famille un an ou deux. Duchamp devait pourtant mourir en 1968 sans avoir reconnu Yo, comme il se promettait de le faire. Elle n’en a pas pris ombrage. La vie, la sienne en tout cas, continuait…

Exposée à Berne et à Genève

Quelques expositions ont marqué par la suite la trajectoire de la femme, que voulait déjà parrainer Duchamp. Il y en a notamment eu une en 1983 à la Kunsthalle de Berne, autrement dit pas n’importe où. On l’a revue en 2001 au Mamco. Existerait-il une «swiss connection»? Yo a enfin fait partie de la grande rétrospective du Musée des beaux-arts de Rouen sur l’illustre famille, dont elle constituait en quelques sorte le point final. C’était en 2018. Je vous en avais parlé. Depuis, rien à ma connaissance. Mais deux ans, ce n’est tout de même par une éternité. Même petite.

Si Yo Savy se voit aujourd’hui éditée par Allia, c’est bien sûr parce que la maison constitue une sorte de cabinet des curiosités. La chose n’a pourtant rien à voir avec la peinture. Il s’agit ici de reprendre les articles qu’elle a signés (mais avec des noms d’emprunt) dans «Le caducée», une revue de médecine. Un peu littéraire, celle-ci! Yo y propose en toute liberté des variations sur toutes sortes de thèmes. Ses textes deviennent de subtiles arabesques. Elles s’enroulent et se déroulent jusqu’à la conclusion lancée d’une trait de plume. Le sujet de ces chroniques apparaît en fait l’écriture et ses vagabondages. «Ecrire m’a appris à me servir de ma petite tête pour trouver réponse à tout.» Rien de définitif cependant. Ou de trop sérieux. Ce sont là des volutes, autrement dit des fumées. L’une de ces chroniques s’intitule du reste «Tabac à priser».

Pratique

«J’erre dans mon passé toujours plus proche» de Yo Savy, aux Editions Allia, 144 pages.

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