Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Allia édite l'"Autobiographie" express du musicien et plasticien américain John Cage

En français et en anglais, le texte fait chaque fois une trentaine de pages. L'occasion de découvrir, raconté avec des mots simples, un oeuvre artistique restant compliqué.

John Cage dans les années 1980.

Crédits: DR

Tête-bêche. Le texte est d’un côté en français. De l’autre, en retournant bien sûr le livre, en anglais. L’ouvrage n’apparaît pourtant pas bien gras. Il compte 32 pages d’un côté et 29 de l’autre, la langue de Shakespeare se révélant plus concise. En écrivant son autobiographie, John Cage (1912-1992) ne se montre pas prolixe. Cela peut sembler logique, si l’on pense que sa composition musicale la plus connue se nomme «4’33’’». Le lecteur reste en tous cas loin des 696 pages qu’Anne de Fornel a consacré l’an dernier chez Fayard à l’une des figures les plus emblématiques du renouvellement des arts dans la seconde moitié du XXe siècle.

Cage est donc né en1912. Sa mère, dont il fait un bref portrait amusé, travaillait au «Los Angeles Times». Une femme moderne. L’adolescent, puis l’homme, a beaucoup cherché sa voie, vivant dans des conditions souvent précaires. Il a aussi bien dans son viseur la peinture que la musique. Cette dernière le fera travailler (sans avoir les moyens de payer les cours!) avec Arnold Schönberg. Mais sa conception du monde sonore se détache bien davantage que celle du Viennois de la tradition occidentale. En tout, Cage se veut radical. Si son art plastique aboutit à des installations-expositions en forme de «tabula rasa», son œuvre instrumentale entend comprendre toutes sortes de bruits… ou de silences. Elle inclut surtout l’aléatoire. Cette conception rejette les instruments classiques. Cage devient ainsi l’inventeur du «piano préparé». Une conception difficile à faire admettre au public peu préparé de l’époque. Néanmoins,le concert donné par Cage en 1943 au MoMA de New York assoit sa réputation. Il intervient, alors que le compositeur commence à travailler avec le chorégraphe d’avant-garde Merce Cunnigham. Son futur compagnon, ce qu’il ne dit pas dans le petit livre aujourd’hui publié par Allia.

L'apport de l'Orient

John Cage parcourt, avec ce qui formait à l’origine (en 1989) une conférence donnée à Kyoto, sa vie à grandes enjambées pour s’attarder (mais un peu seulement) sur l’influence qu’aura eu sur lui l’Orient. Il y a l’Inde révélée par Gita Sarabhai. Puis le bouddhisme zen. L’Américain ne suit alors aucune mode. Il est, comme en tout, un précurseur. N’imaginez pas pour autant que le ton de l’ouvrage, qui ressemble un peu à un CV amplifié, soit pour autant austère ou sévère. Il y a quelque chose de joyeux dans cette autobiographie. Elle suit chez Allia la publication des conversations de Cage avec son ami Marcel Duchamp, rencontré pendant la guerre à New York. Sorti dans sa version française en 2014, cet ouvrage s’intitule du reste «Rire et se taire».

Pratique

«Autobiographie», de John Cage, aux Editions Allia, 32 pages. Allia a sorti en tout quatre titres de John Cage.

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