Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Alberto Giacometti dialogue au Musée Maillol avec Rodin, Bourdelle... et bien sûr Maillol

L'exposition brille dans une institution au cadre remodelé. Elle offre un parcours intelligent et clair à travers la sculpture moderne. Une réussite prolongée jusqu'au 3 février.

"L'homme qui marche" de Giacometti et le "Saint Jean-Baptiste" de Rodin. Une même idée de mouvement.

Crédits: Sortir à aris

Une de plus, mais pas une de trop. Catherine Grenier, qui aura tant fait pour relancer Alberto Giacometti en France et le faire connaître dans les pays n'ayant qu'une vague idée du sculpteur suisse, a brillamment réussi son coup au Musée Maillol. Soyons cependant justes. Elle ne porte pas seule le mérite de cette exposition qui le rapproche d'Aristide Maillol (qui après tout ici chez lui), d'Auguste Rodin, d'Antoine Bourdelle ou de Charles Despiau. L'institution s'est vue complètement remodelée par Antoine Morin. Son élégant décor dans les blanc crème et les gris perle vient masquer ce qui n'allait pas dans le musée privé créé par feu Dina Vierny. Les pierres apparentes du rez-de-chaussée lui donnaient par exemple un pénible aspect de restaurant rustique.

Le nouveau parcours crée donc une fluidité jusqu'ici inconnue. Le premier étage a vu son lacis de corridors transformé en une sorte d'église à trois nefs. Excellent pour opérer des rapprochements. Parfait pour mettre en valeur la sculpture, qui reste un art plus difficile à exposer de la peinture. Le rôle de l'espace et de l'éclairage devient ici capital. Il n'empêche que le choix de Catherine Grenier, épaulée par Thierry Pautot, se révèle excellent. La commissaire a su tirer ce qu'il fallait du très riche fonds de la Fondation Giacometti parisienne, qu'elle dirige, une seule pièce se voyant empruntée à la Giacometti Stiftung zurichoise. Une manière de montrer que les deux entités, jadis en délicatesse, avancent aujourd'hui la main dans la main.

Rapprochements convaincants

Il y a ainsi des rapprochements très séduisants. Mieux que cela même. Convaincants. Pourquoi ne pas réunir le «Saint Jean-Baptiste» de Rodin en mouvement de «L'homme qui marche»? Surtout quand, dans la même salle, il y a le dessin du Grison d'après «L'homme qui marche» de Rodin. Les quatre femmes sur leur socle de Giacometti (un souvenir de bordel) vont après tout bien avec les «Nymphes de la prairie», un peu courtes sur pattes, de Maillol. Et pour quelle raison ne pas oser une galerie des bustes, genre transmis aux jeunes générations par Bourdelle? Surtout quand on dispose d'un scénographe vous réglant la chose au millimètre.

Bien sûr, il n'y a pas ici de révélation, comme à l'exposition «Transmission Transgression» du Musée Bourdelle, dont je vous parle une case plus haut dans le déroulé de cette chronique. La manifestation donne ici simplement à voir et à apprécier. Mais c'est déjà énorme! Le public a après tout le droit d'être satisfait. Heureux. Réconcilié. Prêt à revenir.

Pratique

«Giacometti», Musée Maillol, 59-61, rue de Grenelle, Paris, prolongé jusqu'au 3 février. Tél. 00331 42 22 59 50, site www.museemaillol.com Ouvert tous les jours de 10h30 à 18h30.

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