Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

AFRIQUE/Le Quai Branly reçoit 36 sculptures estimées 61 millions

Crédits: Musée du Quai Branly, 2018

On a beaucoup parlé de lui, mais pour de mauvaises raisons. C'était en pleine campagne présidentielle française de 2017. Marc Ladreit de Lachardière avait été l'employeur de Penelope Fillon. Les piges que le milliardaire a versé à la dame n'ont certes pas dû le ruiner, mais l'affaire avait coûté son règne au candidat. Sic transit gloria mundi... Ceci dit, peu de journaux avaient parlé auparavant de la chose importante. Le créateur de Firmalac avait montré sa collection au Musée du Quai Branly. Je vous en avais causé à l'époque. La présentation reconstituait sur une mezzanine l'appartement du collectionneur, avec beaucoup de sculptures africaines et un peu de peinture abstraite. 

Or que n'ai-je pas lu aujourd'hui, comme il se doit sur le site du «Figaro»? A 77 ans, l'homme offre à l'institution 36 statues, d'une valeur globale estimée à 52 millions d'euros (environ 61 millions de francs). La crème de la crème de son ensemble. Pour tout dire, le paquet cadeau représente quarante ans de budget d'acquisition pour le musée. Stéphane Martin, qui en est à la tête, a parlé du «plus important don d'oeuvres africaines depuis 1945». Il faut dire que les œuvres sont non seulement remarquables, mais que la plupart d'entre elles possèdent un pedigree impressionnant. On sait à quel point la chose importe aujourd'hui dans un environnement truffé de faux et d'exportations illégales récentes.

Contradiction 

Je noterai cependant que cette largesse intervient dans un contexte pour le moins étrange. Il y quelques semaines à peine (c'était le 28 novembre), lors d'un voyage diplomatique à Ouagadougou, Emmanuel Macron a déclaré «ne pas admettre que l’essentiel du patrimoine africain se trouve hors du continent.» Le président appelait à des restitutions, sans préciser prudemment lesquelles. Toute la presse bien pensante avait alors opiné du chef. Que rendre? Jusqu'où aller? A qui remettre? Sous quelle forme, don ou dépôt permanent? Il n'en est aujourd'hui pas question à propos du geste de Marc Ladreit de Lachardière. «Le Figaro» parle d'intégration «au temple des arts premiers». Allez donc y comprendre quelque chose! 

Photo (Musée du Quai Branly): Quelques-unes des sculptures de la donation.

Texte intercalaire.

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