Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Actes Sud édite "Léonard de Vinci, Anatomiste" en français

L'exposition a eu lieu en 2012 à la Queen's Gallery de Londres. Elle regroupait une partie seulement 88 des 215 feuilles de la collection royale. Le livre est aussi un traité d'histoire des sciences.

Muscles de l'épaule, vers 1510.

Crédits: Royal Collection, Londres 2019.

C'était il y a sept ans à Londres. La Queen's Gallery présentait sur des cimaises volantes rouges les dessins anatomiques de Léonard de Vinci. Enfin, une sélection! La Royal Collection en possède 215. Il y en avait là 88, avec beaucoup d'explications à la fois historiques et scientifiques. Ce n'est pas ce que le musée, destiné à présenter des collections élevées par Elizabeth II en fondation inaliénable, aura produit de mieux. Il faut dire que le lieu ne s'y prêtait pas, ce qui n'empêchera pas la Queen's Gallery de proposer un nouveau Léonard, «A Life in Drawings», du 24 mai au 15 octobre prochains. Des salles trop grandes. Trop hautes. Un décor trop riche.

Nous sommes dans l'année Vinci, le génie universel étant mort en 1519. Lieux d'exposition et maisons d'éditions fourbissent donc leurs armes. Actes Sud traduit aujourd'hui un catalogue vieux de sept ans sous le titre de «Léonard de Vinci, Anatomiste». Le lecteur francophone y retrouvera les 88 œuvres sélectionnées, plus un texte d'introduction de Martin Clayton et Ron Philo. Fort bien fait. Il s'agit dès le départ de replacer les recherches de Léonard dans leur contexte. Le Toscan ne s'est ainsi intéressé à l'anatomie que par à coups. On sait que les génies universels sont aussi des touche-à-tout, avec l'inconstance que cela suppose. Il y a ainsi des pics de curiosité florentins à la fin des années 1480 et au tout début du XVIe siècle. A Milan, où il a longtemps séjourné, Vinci devait être gêné par l'absence d'université et de chercheurs spécialisés.

Le centenaire disséqué

Vinci a un peu disséqué. Beaucoup de ses dessins découlent de sa principale séance. L'artiste a pu disposer du corps d'un centenaire qu'il a connu vivant, sain d'esprit et en bonne santé jusqu'au bout. Ce sujet maigre et sec lui a permis les meilleures observations. Vinci a ainsi pu développer ce qui restait alors des intuitions. Certaines se sont révélées exactes, même s'il aura fallu des siècles pour que de vrais scientifiques prennent le relais. Il a ainsi donné la première description exacte de la colonne vertébrale ou fixé le nombre juste des dents humaines, qui oscillait selon les auteurs en raison de la poussée tardive de celles dites de sagesse. Il s'est préoccupé de la circulation du sang, si longtemps contestée. «Le rôle essentiel des tourbillons à l'intérieur des sinus de Valsalva, dans le déclenchement de la valve aortique, n'a pas été formulé de nouveau avant 1912. La connaissance intuitive qu'en a eue Léonard est très impressionnante.»

Les auteurs tentent aussi de refaire l'histoire des dessins largement pourvus de textes explicatifs. Léonard les amenés sous forme de feuilles volantes en France. Il les a légués à son jeune assistant Francesco Melzi, qui a tenté durant un demi siècle d'y mettre bon ordre. Les enfants Melzi ont vendu le tout à Pompeo Leoni, un important sculpteur de la Renaissance, qui en a fait des livres reliés. Rubens les a vus intacts. Nous ne possédons plus qu'un seul de ces volumes. Il est inventorié pour la première fois dans la collections de William et Mary, co-souverains anglais, en 1690. Il s'agit sans doute d'une acquisition de Charles II, à qui la Queen's Gallery a récemment consacré une belle exposition dont je vous ai parlé. Très peu d'autres dessins anatomiques de Léonard sont aujourd'hui connus. Beaucoup doivent avoir disparu.

Pratique

«Léonard de Vinci, Anatomiste», de Martin Clayton et Ron Philo, traduit par Christine Piot, aux Editions Actes Sud, 256 pages. Tous les dessins de Léonard à Windsor sont accessibles sur le site www.royalcollection.org.uk 

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