Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Acheté à New Haven pour 35 dollars, un bol chinois en vaut aujourd'hui 500 000

La porcelaine a été identifiée par Sotheby's, qui proposera l'objet le 17 mars lors de l'"Asian Week". Il s'agit d'un chef-d'oeuvre des débuts du XVe siècle.

Le bol en question, dont l'historique reste inconnu.

Crédits: Sotheby's

C’est un conte de fée à l’américaine. Un amateur à l’œil aiguisé se promenait à New Haven, dans le Connecticut. Il voulait voir le contenu d’une des innombrables «garage sales» qui se font aux Etats-Unis chaque année afin de liquider le contenu d’une maison avant déménagement. Tout à coup, son regard s’est vu attiré par une petite coupe de porcelaine bleue et blanche. Un petit objet. Seize centimètres de diamètre. En parfait état. La négociation s’est révélée facile. L’homme a payé 35 dollars, comme le raconte (en espagnol) le quotidien «El País».

L’acheteur voulait en avoir le cœur net. Rien de plus simple de nos jours. Il a envoyé les images du bol par courriel aux experts de Sotheby’s, toujours en quête de trésors inconnus. L’acquéreur avait frappé à la bonne porte en élisant les responsables du secteur asiatique. Angela McAteer et Hang Yin ont immédiatement vu l’intérêt de l’objet, au beau décor réalisé au cobalt sur une matière rendue plus blanche grâce au titane. Il s’agissait là d’une création remontant au XVe siècle. Et même tôt. C’était là une rarissime production du règle de Yongle (1403-1424). Des équivalents étaient notamment connus à Londres et à Taïwan.

Impossible en France

L’objet va donc se retrouver le 17 mars dans une vente de prestige à New York durant l’«Asian Week». L’estimation se situe maintenant entre 300 000 et 500 000 dollars. Au moins 14 300 fois la somme versée à New Haven par un chanceux ayant demandé à rester anonyme. Sotheby’s éprouve bien sûr de la peine à «tracer» la céramique, pour employer un mot à la mode. Tout reste une supposition. Il semble probable que l’œuvre ait passé inaperçue de génération en génération au sein de la même famille du Connecticut. Il n’y a que dans l’esprit des politiques actuels qu’on peut retrouver les mentions successives d’un tel objet resté dans l’ombre. Il peut aussi bien avoir eu un cadeau lointain. Un petit achat pour rien. Un échange. Allez savoir…

Ce qui paraît en revanche sûr, c’est qu’une telle histoire resterait impossible en France. On réalise après quelques procès retentissants (après des années de bataille juridique), qu’il devient "interdit de découvrir" chez nos voisins. Dans un tel cas, la vente se verrait annulée pour erreur fondamentale. Le bol serait revenu aux gens de la «garage sale». Ce sont eux qui vendraient. Autant dire que l’actuel vendeur aurait prétendu avoir trouvé la coupe chez sa grand’mère. Ou l’avoir reçue enfant comme présent. 300 000 ou 500 000 dollars, cela vaut tout de même bien quelques accommodements avec la vérité!

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