Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

Accrochage plus site. Oskar Kokoschka reste en vedette au Musée Jenisch de Vevey

Mort en 1980, le peintre autrichien possède sa fondation dans l'institution. Elle propose une nouvelle présentation, l'accrochage permanent du musée ayant aussi bougé.

L'un des autoportraits de Kokoschka présenté à Vevey.

Crédits: Succession Oskar Kokoschka, Fondation Kokoschka, Vevey 2020.

Comme tous les musées suisses (alors que les autres pays européens pataugent lamentablement), le Jenisch veveysan a rouvert en mai. Jauge de 20 personnes, ce qui suffit largement en ce moment. Le retour des visiteurs s’effectue à tous petits pas dans les institutions. Il y a pourtant ici un programme complet, et la météo calamiteuse annoncée pour le mois de juin arrangera peut-être les choses. Un peu copieuse, la rétrospective dédiée à Gérard de Palézieux(1919-2012), dont je vous ai parlé en son temps (https://www.bilan.ch/opinions/etienne-dumont/le-musee-jenisch-de-vevey-ouvre-tout-grand-ses-salles-a-gerard-de-palezieux), a bien sûr repris sa course interrompue. Elle s’est vue prolongée jusqu’au 27 juillet. L’exposition sur Oskar Kokoschka(1886-1980), consacrée aux années passées par l’artiste à Dresde autour de 1920, a du coup été repoussée. A quand? Reste encore à être sûr. Pour le moment, l’institution dirigée par Nathalie Chaix n’a conçu moins de neuf plans successifs pour 2020, 2021 et 2022…

Le lac d'Annecy, vu par Kokoschka. Photo Succession Oskar Kokoschka, Fondation Kokoschka, Vevey 2020.

Remis par ailleurs en selle par une belle présentation du Kunsthaus de Zurich en 2018-2019, Kokoschka n’en reste pas moins au premier plan. On sait que le musée abrite la fondation créée en 1988 par sa veuve Olda. Aujourd’hui placée sous la houlette d’Aglaja Kempf, cette entité vit sa propre vie, comme de nombreuses autres créations de ce type déposées au Jenisch. Elle bénéficie d’un statut privilégié avec trois salles fixes au premier étage. De quoi faire tourner un fonds devenant de plus en plus important avec 2300 pièces entre les toiles (très minoritaires cependant), les dessins et les gravures. Sa conservatrice peut donc proposer un nouvel accrochage, alors que la fondation lance son nouveau site (https://www.oskar-kokoschka.ch). La plus grande des chambres abrite logiquement les tableaux. C’est l’occasion de ressortir des œuvres comme le «Thésée et Antiope» baroque, sans cesse modifié entre 1958 et 1975. L’autoportrait dit «de Fiesole» de 1948, qui faisait partie de l’hommage que la première Biennale de Venise d’après-guerre rendait à OK. Ou encore le «Mal’Occhio» de 1972-1973. Les autres espaces contiennent l’un la reconstitution de l’atelier de Kokoschka à Villeneuve, l’autre un bref film d’animation d’Elizabeth Hobbs inspiré par la vie du peintre.

Eclairage soigné

L’éclairage de cette présentation semi temporaire s’est vu particulièrement soigné. Il a là quelque chose de chaud et de chaleureux. La lumière reste en effet un des problèmes du Jenisch, dont la restauration de 2009-2012 par le Cabinet Bakker & Blanc avait précisément quelque chose de trop blanc. Les architectes ont visiblement confondu le musée avec un hôpital. A tout prendre, je préférais la version, avec mezzanines et moquettes partout, conçue et réalisée entre 1987 et 1989.

En proposant parallèlement son accrochage à partir des collections, Nathalie Chaix s’est heurtée de front au même problème. Les murs se sont du coup vus repeints. Un gris perle assez flatteur pour la grande salle. Un rouge brique et un bleu canard pour les deux cabinets. Mais attention! La couleur ne s’est pas vue appliquée jusqu’au sommet des murs. La chose a remédié à l’excessive hauteur sous plafond quand les œuvres ne sont pas immenses. La sélection brasse toutes les époques, même si la peinture ancienne joue ici les parentes pauvres. Les œuvres se voient regroupées par affinités et plus, comme on dit dans les petites annonces érotiques. Un Palézieux, un Zoran Mũsĩc et un Théodule Ribot (qui n’ont je le précise rien de coquin) peuvent ainsi se trouver réunis sous le signe de la nature morte.

Bientôt Marguerite Burnat-Provins

Pour la suite, la prochaine grande exposition devrait se voir dédiée à Marguerite Burnat-Provins, dont la dernière grande rétrospective lausannoise (MCB-a + Collection de l’art brut) remonte à 2003. La femme devrait se voir évoquer dans tous ses aspects, l’artiste, l’hallucinée, l’écrivain et la protectrice du patrimoine. La totale!

Pratique

Musée Jenisch, 2, avenue de la Gare, Vevey. Tél. 021 925 3520, site www.museejenisch.ch Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

P.S. Je ne sais pas si vous avez lu dans la presse régionale. Mais la Municipalité de Vevey se retrouve à nouveau en pleine tourmente...

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