Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

A reconstruire à l'identique! Le triste sort de la Villa Zivelli, chef-d'oeuvre des années 30

En 2019, Jean-Paul Goude achetait le monument, en très mauvais état. Le designer devrait, après analyses, tout raser pour le refaire comme en 1933.

Le projet de restauration, avant les mauvaises nouvelles.

Crédits: Agence Kairn, Paris.

«Ce sera un gouffre financier, quand je pense aux restaurations.» Je me souviens d’avoir rapporté en juin 2019 cette phrase de Jean-Paul Goude. Le photographe et designer français venait alors de s’offrir à Paris la Villa Zivelli, située dans le 19e arrondissement, rue Georges-Lardennois. Cette petite maison moderniste (20 mètres sur quatre en demi) le faisait rêver depuis son arrivée dans la capitale. L’homme avait du reste fini par habiter juste à côté. Une vente a fini par être organisée pour ce qui était devenu une ruine. Les amis de patrimoine avaient déjà signalé l’urgence en 2006. Goude a remporté la mise pour 2,2 millions d’euros. Une grosse somme. Les spéculateurs étaient aux aguets. Pensez aux vues sur Paris depuis ces hauteurs!

Aujourd’hui, c’est la catastrophe, comme l’a rapporté «Le Monde» le 10 avril. Les examens du bâti ont trouvé non seulement des dégâts, dus à des décennies d’abandon, mais des défauts structurels. Quand il a construit en 1933 cette villa à 33 ans, Jean Welz (qui fut le disciple d’Adolf Loos, du Corbusier et de Robert Mallet-Stevens) a utilisé du mauvais béton. Les piliers soutenant jusqu’à cinq mètres de haut ce quadrilatère suspendu à la colline restaient par ailleurs trop minces pour durer indéfiniment. Maintenant, c’est trop tard. Il faudra(it) tout démolir avant de reconstruire ce chef-d’œuvre de l’architecture du XXe siècle à l’identique. D’où des frais fous. On parle une nouvelle fois de 2,2 millions, ce qui ferait en tout 4,4. Cela dit, nous restons encore dans les normes si l’on pense aux prix que font, à Genève, certaines villas hideuses (et parfois vulgaires) situées du côté de Cologny.

Un architecte sans contructions

J’ignore (le journal ne le dit pas plus que les sites consultés) si la villa a été classée depuis 2019. Cela pourrait lui valoir certains avantages. L’œuvre constitue en tout cas l’unique témoignage de l’activité de l’Autrichien Jean (ou Hans) Welz avant son départ pour l’Afrique du Sud avec l’ex-Villa Landau à Epiney-sur-Seine. Celle-ci semble en revanche bien se porter. Il s’agit aujourd’hui d’un bâtiment public.

Jean-Paul Goude n’a pas encore communiqué ses intentions. Vu l’importance des enjeux financiers, je suppose qu’il réfléchit.

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