Juliette Ancelle 3

COLLABORATRICE, ID EST AVOCATS

Après des études de droit accomplies à l’Université de Lausanne, Juliette Ancelle s’est rapidement spécialisée dans le domaine de la propriété intellectuelle en travaillant pour le journal en ligne Intellectual Property Watch, publication anglophone basée à Genève. Elle a ensuite suivi une formation postgrade auprès de la New York University (LL.M. ’09) et été admise au barreau de l’Etat de New York, avant de revenir pratiquer en Suisse dans ses domaines de prédilection : droit de la propriété intellectuelle, y compris droit des logiciels libres (open source), nouvelles technologies, médias sociaux, e-réputation et droit du travail. Elle pratique comme avocate au sein du cabinet id est avocats et donne régulièrement des conférences sur les thèmes précités. Elle est également co-auteur du chapitre suisse du IFOSS Law Book sur les logiciels libres.

Etes-vous plutôt BYOD ou CYOD?

Le BYOD (« Bring Your Own Device », comprenez « apportez votre propre appareil ») est à la mode. Ce phénomène a déjà fait son chemin jusqu’en Suisse et selon certains experts – notamment Cisco Systems – il va connaître un essor grandissant dans les années à venir, une augmentation de 105% du nombre d’appareils privés utilisés à des fins professionnelles étant annoncée.

A l’heure où de plus en plus d’entreprises s’interrogent sur les bienfaits et les risques d’autoriser leurs employés à utiliser leurs propres appareils à des fins professionnelles, la première question à trancher avant de se lancer dans cette aventure devrait être: dans quel but adopter une politique BYOD ?

Compétitivité et satisfaction des employés

Beaucoup d’entreprises tentent l’expérience du BYOD à la demande de leurs employés : ceux-ci souhaitent pouvoir utiliser dans leur travail leurs propres appareils (tablettes, smartphones, ou ordinateurs portables), qu’ils perçoivent à tort ou à raison, comme plus performants ou plus modernes que ceux de l’entreprise et ont le sentiment de mieux maîtriser. Une telle démarche peut apporter un accroissement de la productivité par une plus grande sophistication des outils informatiques, mais également du fait que les employés se retrouvent, volontairement ou non, connectés à leur employeur à toute heure et en toutes circonstances.

Il convient toutefois de maintenir une égalité entre les employés et de veiller à ne pas créer une entreprise à deux vitesses, avec d’un côté les collaborateurs utilisant leurs propres outils informatiques et, de l’autre, ceux qui ne le font pas, par manque de moyen ou parce qu’ils n’y sont pas autorisés. Mal maîtrisé, le BYOD peut également induire une perte de contrôle sur le travail des employés, qui peut se ressentir tant au niveau des données et informations professionnelles (qui ne sont plus centralisées, mais stockées sur des appareils n’appartenant pas à l’employeur), qu’au niveau des horaires de travail (les employés pouvant désormais travailler partout et tout le temps). Face à ces risques, certaines entreprises ont déjà trouvé des réponses techniques, qui peuvent aller du blocage de l’accès à distance à leur serveur pendant certaines tranches horaires à l’installation obligatoire de logiciels permettant l’effacement de données à distance, en passant par le développement d’applications spécifiques au télétravail.

Réduction des coûts

Certaines entreprises voient dans le BYOD une opportunité de réduire considérablement leurs coûts d’acquisition de matériel informatique (« hardware ») en reportant cette charge sur leurs employés.

Cette logique peut toutefois s’avérer trompeuse, car elle néglige souvent les investissements complémentaires que peut engendrer la mise en place du BYOD. Que ce soit en raison de l’adoption de nouvelles mesures de sécurité, d’un renforcement du « helpdesk », de pertes de données, ou de temps consacré à former les employés, les économies initialement prévues peinent souvent à se concrétiser.

Sous l’angle du droit et en l’absence de jurisprudence en la matière, on ne saurait non plus exclure que les employés contraints de mettre à disposition leurs appareils personnels se voient reconnaître le droit à une indemnité, voire à la prise en charge par l’entreprise de certains frais de réparation ou autres, comme c’est déjà le cas pour les véhicules privés.

S’il est indéniable que le BYOD peut représenter des avantages, seule l’instauration d’une véritable stratégie BYOD - prévoyant non seulement le droit d’utiliser les appareils privés, mais également un soutien interne et une politique d’entreprise claire - est à même de justifier le BYOD comme un argument économique.

Pour les entreprises qui hésitent à franchir le pas du « tout BYOD », pourquoi ne pas envisager le CYOD (pour « Choose Your Own Device ») ? Cette nouvelle tendance consiste à permettre aux collaborateurs de choisir entre plusieurs appareils, pré-approuvés par l’employeur et appelés à demeurer sa propriété. De nombreuses entreprises espèrent, grâce à cette option intermédiaire, conserver l’avantage compétitif résultant du choix par l’employé de son outil de travail tout en réduisant les risques de perte de contrôle et de sécurité du BYOD. Alors le CYOD, « best of both worlds »?

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