Jean Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

Et si une nouvelle crise financière éclatait?

«Pour qu’un nouveau désastre survienne, il suffit que le souvenir du précédent soit effacé. Et nul ne sait combien de temps il faut pour oublier», affirmait l’économiste américain John Kenneth Galbraith. Sommes-nous aujourd’hui dans cette situation?

La crise financière de 2007-2008 est derrière nous. Tous les indicateurs économiques clignotent au vert. La croissance est plus ou moins forte selon les pays. Le chômage décroît. La confiance des entreprises et des consommateurs est bonne. Les échanges mondiaux s’intensifient.

Cette douce euphorie incite les acteurs économiques à négliger les risques. Or, ces derniers sont nombreux.

Sur le plan politique, parmi les facteurs à risques figurent les prochaines élections en Italie, la situation au Moyen-Orient, les provocations de la Corée du Nord, ainsi que les réactions imprévisibles et intempestives du président américain Donald Trump.

Sur le plan économique, la fin des politiques monétaires accommodantes tend un certain nombre de pièges aux investisseurs. D’autant que les bourses battent des records et que l’endettement public et privé atteint des niveaux inquiétants. Les menaces qui se profilent sont donc nombreuses:

Wall Street: Après avoir chuté respectivement à 6400 et 1000 points au printemps 2009, le Dow Jones et le Nasdaq 100 n’ont cessé de grimper pour atteindre des hauteurs stratosphériques. Le premier a désormais dépassé le cap des 24'000 points, alors que le second a franchi la barre des 6400 points. Pour les uns, la valorisation des actions américaines est trop élevée. Pour les autres, elle peut encore progresser en raison de la bonne tenue de la conjoncture et de la hausse des bénéfices des entreprises.

Bitcoin: Pour la première fois, la crypto-monnaie a bondi au-dessus de 11'000 dollars. Au début de l’année, elle s’échangeait autour de 1000 dollars et pour quelques centimes seulement à son lancement en 2009. Sa capitalisation s’élève actuellement à environ 200 milliards de dollars. Soit l’équivalent de celle de Coca-Cola.

Son implosion est-elle proche? Les avis divergents. Certains voient le bitcoin entre 50'000 et 100'000 dollars dans les six à dix-huit prochains mois. De son côté, le CEO de Credit Suisse Tidjane Thiam estime que son envolée est «la définition même d’une bulle».

Dette des ménages américains: Aux Etats-Unis, les particuliers empruntent pour consommer. Au 2ème trimestre 2017, la dette des ménages (12 840 milliards de dollars) a dépassé le record établi au 3ème trimestre 2008. La situation est devenue préoccupante dans le crédit auto. La part des prêts à risques (subprimes) octroyés aux personnes les moins solvables par les concessionnaires et les constructeurs atteint 24% de l’encours. Le relèvement progressif des taux d’intérêt pourrait déstabiliser les emprunteurs.

Endettement des Etats: Depuis l’éclatement de la crise financière, l’endettement des Etats s’est envolé. Dans les pays avancés, il a progressé de 72% à 105% du produit intérieur brut en dix ans. Au Japon, la dette publique atteint 220% du PIB et dépasse 100% du PIB aux Etats-Unis où elle s’accroîtra encore si le Congrès avalise la réduction des impôts exigée par Donald Trump.

Présidente de la Réserve fédérale (Fed), Janet Yellen s’est dite à ce propos très préoccupée de la «viabilité de la trajectoire de la dette». Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’endettement des Etats s’élève à 135'000 milliards de dollars au niveau mondial. Soit deux fois le PIB planétaire.

La Chine: Avec une dette publique et privée qui dépasse 250% de son PIB, la Chine effraie les institutions internationales. Sur le départ, Zhou Xiaochuan, le gouverneur de la banque centrale, vient de dénoncer dans le Quotidien du Peuple (l’organe du Parti communiste) les risques financiers «nombreux, vastes, cachés, complexes, contagieux et dangereux» découlant de l’endettement de la Chine. Il s’en est pris aux «crocodiles» financiers et «entreprises zombies» qui ne survivent qu'à crédit.

«Shadow banking»: L’OCDE constate un déplacement des activités bancaires, très réglementées, vers un système parallèle appelé «shadow banking» qui n’est que peu ou pas régulé. Or, les montants en jeu sont colossaux. Selon le dernier rapport du Conseil de stabilité financière, ils s’élevaient à 92'000 milliards de dollars à fin 2015. Soit 29% du secteur financier.

Et si une nouvelle crise survenait, comment réagiraient les banques centrales? Avec des bilans surdimensionnés et des taux déjà très bas, leur marge de manœuvre s’avère très faible voire inexistante. Il y a de quoi être inquiet!

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

"Tout ce qui compte.
Pour vous."