<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Et si Minder avait raison ?

Thomas Minder a donné un sacré coup de pied dans le capitalisme suisse si bien (dés)ordonné sur les questions de rémunération où le laisser-faire primait jusqu’ici. Son initiative a d’abord mené un parcours exemplaire. Thomas Minder a compris le bénéfice qu’il pouvait tirer de son image de petit patron écrasé par les excès et les errements des multinationales.

 Son entreprise, Trybol, ayant perdu des sommes importantes avec la débâcle de Swissair, l’histoire fonde toute sa légitimité. Il lui manquait une image forte pour illustrer ce combat du nain contre les géants.

Le service de sécurité d’UBS la lui a livrée quand ses agents ont évacué sans ménagement l’actionnaire Minder de l’assemblée générale de la banque en 2008. Enfin, il fallait un message puissant pour rendre l’initiative imparable: «Contre les rémunérations abusives», c’est du grand art. Qui peut bien être «pour», mis à part les profiteurs du système?

On a tout dit de ce Guillaume Tell, de ce héraut de la cause des actionnaires. Mais ce qui bouscule tout sur son passage, c’est la cohérence du message d’un homme issu du peuple des entrepreneurs. Car ils sont des milliers, comme lui, à ne plus supporter les écarts des grands patrons auxquels la vindicte populaire ou les médias les assimilent quand l’économie tourne mal.

En face de Minder? EconomieSuisse a fait tout faux. Le sujet demandait du tact. D’un côté, il fallait exposer le désir légitime de pouvoir payer de manière concurrentielle les cadres des grandes entreprises suisses. De l’autre, il fallait prendre en compte les tensions suscitées par les jumborémunérations des patrons. C’était une opportunité de se reconnecter avec la réalité! Et pourtant, EconomieSuisse a fait le choix d’entrer dans le débat tel un pachyderme avec ses millions pour écraser ses opposants. L’épisode du chapardage des noms de domaine internet du camp Minder (à l’occasion d’un débat sur le thème «Les puissants nous volent!») tient du suicide politique.

Quoi qu’il arrive, Thomas Minder a déjà gagné en faisant progresser la cause des actionnaires. Et même si je suis pour le contre-projet à titre personnel (pourquoi aller au-delà des standards internationaux et obliger les caisses de pension à voter?), je remarque que les lignes ont bougé grâce à l’initiative. J’entends déjà le peuple des entrepreneurs qui se demande si Pierre-Yves Maillard n’aurait pas lui aussi raison au sujet de la caisse unique.

 

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