Gallo Enrico

Luxe durable

Enrico M. Gallo, né à Genève, titulaire d’un Master en marketing du luxe, a collaboré pour des marques de luxe où il a acquis une vaste expérience dans le domaine de l’horlogerie et de la joaillerie.

Il conceptualise également des mouvements horlogers et a obtenu le titre de spécialiste de la Fondation de la Haute Horlogerie Academy (FHH). Il est professeur de marketing et de sustainability à l’Institut CREA de Genève, et enseigne également la technique de vente à l’European Business School.

Enrico M. Gallo est aussi membre de plusieurs lab’s actifs dans l’intelligence artificielle, le développement durable et les nouveaux alliages destinés à l’horlogerie. Passionné par l’histoire et les relations internationales, il poursuit actuellement des études au Global Studies Institute de l’Université de Genève et à la Geneva School of Diplomacy. Il est également chroniqueur contributeur à la Swiss Diplomacy Student Association.

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Quel avenir pour les palaces suisses?

La sérénité économique que l'on ressent habituellement dans les palaces de notre pays est actuellement bouleversée par l'impact de la crise due à la pandémie. Comment lutter contre la diminution des nuitées et les changements d'habitudes des clients ? Perspectives à moyen et à long termes.

Si en 2019, l’hôtellerie suisse atteignait des records de fréquentation avec une croissance de 1.9%, soit 755'000 nuitées de plus qu’en 2018 selon l’Office fédéral de la statistique, tout laissait présager que 2020 serait une meilleure année encore. Cette prévision de millésime d’exception ne s’est malheureusement pas réalisée en raison des premières restrictions liées à la pandémie et qui ont fait plonger les chiffres de ce secteur dans le rouge vif. Comment rebondir?

Credit image: Hotelleriesuisse

L’importance des emplacements

Les hôtels de luxe qui vont vraisemblablement bénéficier d’une reprise rapide à la fin des restrictions sanitaires sont ceux qui tirent avantage de leur proximité avec les stations touristiques historiques suisses de grand renom. C’est le cas par exemple des domaines skiables tel que Crans Montana, Davos, Gstaad, Saint-Moritz, Verbier, Villars, Zermatt, ainsi que d’autres sites semblables, considérés comme particulièrement prestigieux. Ces lieux profitent d’un secteur qui est difficilement substituable, à l’exception d’autres stations, notamment françaises, qui sont aussi renommées et qui offrent des services similaires de haute qualité. C’est le cas de Courchevel qui effectue depuis 2015 des campagnes de marketing visant à attirer les milliardaires ainsi que des personnalités internationales (VIP), sans conséquences négatives pour les infrastructures helvétiques qui continuent d’accueillir ces mêmes publics.


Crédit image:  Remontées Mécaniques Suisses

Le boom des thalassothérapies et des hôtels wellness

Si la situation pandémique ne s’améliore pas d’ici cet été, favorisant la levée progressive des mesures sanitaires, il est fort probable que les contraintes liées aux voyages, comme les quarantaines, les zones d’accès restreint avec un risque élevé d’infection, ou bien encore les couvre-feu découragent certains Suisses de voyager.

Les centres de bien-être type “wellness“ seront alors sans doute prisés par une clientèle locale désireuse de se ressourcer car éprouvée à son tour par les effets psychiques d’une «annus horribilis». D’autres hôtes seront aussi susceptibles d’y séjourner: il s’agit des personnes touchées par les longs Covid-19 et souhaitant se rétablir dans de tels environnements. En effet, une étude commandée par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et réalisée par les bureaux B&A et BASS relève que “l’après coup“ ne sera pas sans séquelles pour la population suisse.

À long terme, les hôtels disposant d’installations adaptées pour des soins de bien-être pourraient exploiter un nouveau genre de tourisme médical haut de gamme post-Covid-19, d’autant plus qu’en Suisse abonde, parfois depuis plusieurs siècles, de nombreuses régions propices et adaptées pour les cures ou les convalescences en tous genres.

Crédit photo: Grand Resort Bad Ragaz

Des centres-villes de moins en moins adaptés pour les palaces

La suppression, pour des raisons budgétaires, des Fêtes de Genève en 2019 est l’exemple type des difficultés que vivent les palaces. Ils sont de moins en moins compétitifs, le manque élevé d’activités dans les centres-villes poussant les clients à favoriser d’autres destinations. Il serait judicieux que des événements culturels ou de type “Green“ puissent voir le jour dans certaines villes comme Genève, car c’est ce que recherchent les générations Y et Z qui ont dépensé en 2018 à elles seules plus de 200 milliards de dollars en voyages. En plus des mesures précitées, des initiatives pro-environnementales et responsables de la part des palaces pourraient, d’ici 2025, faire de la Suisse une destination phare du luxe éthique, à l’image des Swiss Lodge qui ne sont pas des palaces, mais qui amènent une réflexion sur ce que pourrait être l’hôtellerie du luxe dans les dix prochaines années et qui se résume en une maxime : “Less is more“.

L'ARK-Hotel est le projet réalisé par l'architecte Russe Alexandre Remizov, président du Conseil de l'architecture durable de l'Union des architectes de Russie (UAR). Cette structure est capable d'être fonctionnelle sur la terre et sur les mers et dispose d'un système bioclimatique autonome. Crédit photo: Alexandre Remizov

Des meetings présentiels aux plateformes virtuelles

L’application Zoom est leader dans les services de conférences à distance (chat vidéo). Elle comptabilise 300 millions d’utilisateurs par jour, suivie par Google Meet’s qui cumule 100 millions d’utilisateurs au quotidien. Des chiffres qui ne cessent de croître et qui incitent des organisations gouvernementales, des multinationales ou des sociétés à thématiser sur les budgets utilisés dans le passé pour des déplacements. Et s’il y a moins de déplacements, il y a moins de nuitées ou de conférences dans les hôtels. Désormais, tout se passe en ligne, cette nouvelle manière de communiquer est peu coûteuse, ne pollue presque pas et permet aux entreprises de faire des millions d’économies, sans compter que depuis une année, le monde s’est habitué à communiquer presque exclusivement par vidéo-conférence. Cette nouvelle tendance risque d’avoir un impact important sur les nuitées des hôtels.

Sommet du G20 virtuel en raison de la pandémie (crédit photo EPA/A Chigi Palace Press Office)

Des appartements et des résidences secondaires pour succéder aux chambres

De plus en plus de palaces disposant d'un nombre important de chambres proposent désormais des appartements en PPE ou des résidences destinées à des clients étrangers. Cette pratique est grandissante et répond à des demandes d’internationaux expatriés désirant s’installer en Suisse, où ils viennent chercher stabilité et sécurité dans un monde qui en est souvent dénué. D'autres comme des locaux désirent bénéficier d'un standing et de services uniquement accessibles dans ce type d'établissements.

Image Le Mirador Resort and Spa, credit photo: The Leading Hotels of the World

La Suisse une référence

Les hôtels prestigieux suisses possèdent une grande capacité d’adaptation, le savoir-faire, l’hospitalité et la discrétion. Ces valeurs traditionnelles de l’hôtellerie de notre pays sont appréciées et reconnues par une clientèle internationale exigeante. Ce n’est pas pour rien que les meilleures écoles hôtelières sont toutes situées en Suisse. Car l’avenir de ce secteur important du tourisme repose sur la formation des futurs managers qui n’auront aucun mal à renouveler et à adapter ces lieux uniques - et pour certains chargés d’histoire - à une situation par nature changeante et contingente.

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