Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ENQUÊTE/ AXA ART définit le profil du collectionneur actuel

Quel est le profil des amateurs d'art à l'heure de l'ordinateur? Se mordent-ils les doigts de leurs achats digitaux? Utilisent-ils par ailleurs beaucoup ce nouveau mode d'acquisition? C'est là quelques-unes des questions faisant l'objet (avec les réponses, of course!) d'une enquête internationale menée par AXA ART. La Rolls de ce qu'on appelle les "assurances de ménage". 

Distribué notamment à la TEFAF de Maastricht, dont je vous ai récemment entretenu, ce rapport en anglais possède le mérite de rester concis. Autant dire qu'il sera lu jusqu'à la fin. Il ne joue pas sur la séduction. Ni grandes photos en couleurs, ni papier hyper-glacé pour "Collecting in the Digital Age". Nous sommes dans le sérieux avec ce que cela suppose: pourcentages et graphiques en forme de parts de gâteau. Pas besoin de cerise sur ce dernier!

Un homme de plus de 40 ans sans enfants 

Qu'en retirer? D'abord qu'en dépit de cent ans de féminisme actif, les collectionneurs restent des hommes à 76%. Près de la moitié d'entre eux travaillent en indépendant (46%). Un quart seulement est salarié (25% pile). Le reste se compose de retraités. Car on commence tard à rassembler des œuvres! Quarante ans, en général. Les moins de 30 ans sont à peine 3%, les trentenaires 13%, les "quadras" et les "quinquas" 25% chacun. Les sexagénaires restent 23%. Chose rassurante, personne n'arrête. Les personnes interrogées sont 9% à compter davantage que 70 ans. 

La collection est une forme d'enfant. Pas étonnant donc si le 18% des sondés reste célibataire et si 42% d'entre eux font partie d'un couple sans descendance. Le grand problème d'une succession composée d’œuvres d'art devient la succession. Heureusement qu la peinture reste le genre le plus prisé. Le 89% des personnes interrogées en achète, comme le 63% apprécie les réalisations sur papier. Mais attention les vélos! Le 60% des collectionneurs aime aussi la sculpture. La photographie n'arrive qu'au quatrième rang, contrairement à ce que veut la rumeur publique (49%). Le reste apparaît marginal. Le vin se contente ainsi d'un 7% et les installations et la vidéo de 14%.

Priorité absolue au contemporain

Ce n'est pas une surprise. Le sondage actuel (enquête menée en janvier-février 2013 sur les cinq continents) confirme le triomphe de la création contemporaine. Un renversement de tendance par rapport aux années 1950, et même 1960. Le 82% des amateurs sondés (des gens disposant d'un fort pouvoir d'achat, puisqu'ils sont chez AXA ART) achète "au moins entre autres" des pièces ayant moins de trente ans. Tout suit bien sûr les pyramide des âges. Les moins de 40 ans sont 94% à le faire, les plus de 60 ans 68%. Les jeunes délaissent les classiques modernes, qui demeurent convoités par les aînés. L'art du XIXe siècle est essentiellement collecté par les plus de 60 ans. En ce qui concerne les maîtres anciens, seuls le 8% des moins de 40 ans en achète, contre 18% pour le groupe le plus âgé. Il faut moins voir là une défaveur que la perception d'un art devenu purement muséal pour les jeunes. 

Les clients d'AXA ART sont-ils des passionnés? Apparemment oui. L'instinct est favorisé par rapport au sens de la qualité ou à la systématique. L'investissement n'intéresserait (mais les gens n'aiment pas avoir l'air trop "greedy") que le 14% des personnes interrogées. Notons enfin que les conseillers n'auraient pas le rôle que leur prêtent aujourd'hui les médias. Seul le 5% des gens consultés avoue disposer d'un "curator" à l'américaine. Les sommes en jeu semblent pourtant importantes. La plupart des sondés ont une collection valant "plus d'un million de dollars". Sans doute parfois plus. Un tiers des participants à l'enquête a catégoriquement refusé de citer un montant.

La galerie avant tout 

Où achètent ces gens? Eh bien, surprise, surtout en galeries (73%). Suivent les acquisitions effectuées auprès des artistes (63%) et les ventes aux enchères (59%). Les foires d'art ne séduisent que le 39% des gens, alors même qu'ils sont 95% à en visiter. Et internet, alors? Eh bien la percée demeure faible: 34%. Beaucoup des gens s'y refusent "par principe". Notons qu'il aurait ici fallu développer. Internet peut en effet jouer des rôles aussi divers que la consultation de catalogues en ligne, les enchères en direct chez Christie's ou le monde opaque d'eBay. 

Avec toutes ses informations, AXA ART aboutit à une division tripartite. Il existerait aujourd'hui trois sortes de collectionneurs. Pour les "aficionados", il s'agit d'une passion dévorante. "Le contrepoids à la vie quotidienne". Les "traditionalistes" continuent une habitude familiale, avec des choix plus classiques. Les "investisseurs" voient avant tout leur objets comme les éléments d'un portefeuille diversifié. Ils pensent plus-value. Inutile de préciser qu'il existe beaucoup d'"hybrides". Il est bon pour l'ego de se dire qu'on "achète pas si mal". Surtout à une époque aimant les valeurs refuges. Un tableau, c'est tout de même plus sexy qu'un lingot d'or... Photo (AFP): Le collectionneur d'aujourd'hui a au moins 40 ans, achète en galerie et préfère la peinture contemporaine.

Prochaine chronique le jeudi 10 avril. Soyons logique. Petite promenade dans les galeries genevoises.

 

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