Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ENCHÈRES/PIASA se lance en grand à Paris

Difficile de faire plus propre! L'immeuble entier a été repeint. A l'intérieur, tout au moins. Le 118, faubourg Saint-Honoré se révèle prêt pour de nouvelles aventures. Vous me direz qu'il était temps. C'est le mercredi 17 septembre, à 18 heures, que débutera la première vente aux enchères de PIASA dans ce haut-lieu parisien. Au menu, du design, rien que du design. Des meubles et objets scandinaves ou américains succéderont à la collection personnelle du Danois Peder Moos (1906-1991), promu pour l'occasion superstar d'un genre à la mode. La maison Phillips entière repose ainsi sur quatre départements, comme le Nouveau Testament réunit les quatre évangélistes. Ce sont l'art contemporain, la photo, les bijoux et le design. 

Pour PIASA, c'est le grand saut. Jusqu'ici la société, créée en octobre 1996, logeait dans des bureaux pour le moins crasseux, sur deux étages au 9, rue Drouot. A une portée de fusil de l'Hôtel Drouot lui-même, où se déroulait chaque années une soixantaine de vacations placées sous son nom. Celles-ci se passaient dans l'aimable désordre caractérisant l'hôtel des ventes. Le commissaire priseur donnait de la voix, relayé par le crieur. Des ordres partaient de la table d'expert, quand ils n'avaient pas été déposés auprès d'un commissionnaire. Tout le monde s'y retrouvait et partait, après voir payé par chèque, avec son lot sous le bras si la dimension s'y prêtait. Sans emballage, bien entendu!

L'occasion d'aller au faubourg Saint-Honoré 

Depuis dix-huit ans, PIASA s'était un peu aristocratisé. La maison avait décroché la timbale dès 1998 avec la succession de Dora Maar. Nul ne connaissait cette photographe surréalisante, ex-maîtresse de Picasso. La communication avait frappé le tam-tam. Il était sorti l'équivalent de 35 millions d'euros de ce mélange de chefs-d’œuvre et de fonds de tiroir. D'autre jack-pots ont été touchés depuis (Hergé, Fabius, La Tour d'Argent...) En 2010, la firme se situait au quatrième rang des maisons d'enchères française. Il ne restait alors déjà rien de l'équipe originelle. Lucien Solanet, un vieux monsieur malicieux, était mort. Jean-Louis Picard avait pris une retraite méritée. Quand à Pierre-Emmanuel Audap, il s'était offert un bain de jouvence en fondant une nouvelle entité avec le sémillant Fabien Mirabaud (un cousin de la banque genevoise). 

Après avoir appartenu au groupe Artemis, qui vend notamment de l'art haut de gamme à Londres, PIASA forme à nouveau une société autonome, dirigée par Alain Cadiou et Frédéric Chambre. C'est sous leur houlette que s'est effectué le déménagement. Un transbordement permis par le hasard. L'illustre maison d'antiquités Aaron (Paris, Londres, New York), qui s'était installée en 1988 dans l'ancien Hôtel d'Harcourt (un hôtel particulier, pas un dortoir), quittait les lieux pour s'installer en plus petit au 152, boulevard Haussmann. Le XVIIIe siècle surdoré n'a plus trop la cote. Il y avait une occasion à saisir. La nature a horreur du vide, même si c'est d'une vide-poches qu'il s'agit ici. On n'ose en effet imaginer le loyer mensuel!

Un genre froid et convenable 

L'avenir dira si PIASA a les reins assez solides pour ce nouveau train de vie. Il semble difficile d'augmenter encore les taxes infligées tant aux vendeurs qu'aux acheteurs: 27,6% sur les premiers 15.000 euros, 21,1 jusqu'à 600.000 euros, 12,6 au-delà. Ces échutes se voyaient déjà perçues dans les bureaux et les dépôts poussiéreux et surpeuplés du 9, rue Drouot. Ceux qui ont eu de la peine à recevoir un lot, subitement devenu introuvable, s'en souviennent. Cet indescriptible foutoir ne manquait du reste pas de charme. Les collectionneurs se disaient que Balzac avait survécu à l'ère de l'ordinateur. 

Seulement voilà! Avec les nouvelles générations, habituées aux multinationales un peu coincées (une de mes amies dit "cul-cousu"), il faut moderniser. D'où un espace de réception blanc. Des meubles design présentés comme dans un musée. Des filles un peu trop bien élevées préposées au renseignements. Des clics possibles sur le Net. Inexorablement, le monde des enchères se refroidit. On entre dans le cycle des pré-inscriptions, des pannels obligatoires, des références bancaires et des colis à chercher au loin. J'ai cru lire dans le catalogue que les lots acquis au 118, faubourg Saint-Honoré pourraient être obtenus, dès le lendemain, au 215, rue d'Aubervilliers...

Une tendance qui s'amplifie

Il ne reste plus qu'à attendre les résultats du 17 septembre et des quelque vingt ventes suivantes jusqu'à Noël. Il faudra de gros bénéfices. Or si les meubles de Peder Moos sont estimés jusqu'à 75.000 euros, certains objets courants ne devaient pas dépasser les 1000. 

PIASA ne se situe pas moins dans un "trend" permis par la loi du 10 juillet 2000, venue briser un privilège des commissaires-priseurs qui avait traversé les siècles. Tajan vend dans une ancienne banque Art déco de la rue des Mathurins, avec des succès inégaux. Créé comme galerie dans les années 1970, Artcurial réussit brillamment dans l'ancien Hôtel Sabatier d'Espeyran des Champs-Elysées. Christie's et Sotheby's ont les mains libres. Cornette de Saint-Cyr créée également sa maison en octobre 2014. La nouvelle-venue logera 6,avenue Foch, dans une "19th century mansion reprentative of the elegance and art of living à la française." Admirez le franglais! 

Et Drouot, me direz-vous? L'Hôtel annonce déjà 179 ventes sur son site d'ici le 18 décembre. Vous me direz que c'est énorme. Seulement voilà! Il s'agit surtout de menu fretin. Et donc de petits prix.

Pratique 

PIASA, 118, faubourg Saint-Honoré, Paris, première vente le 17 septembre à 18h. Site www.piasa.fr La maison lance sa maison d'édition, avec des tirages limités à 300. Premier volume sur Peder Moos, signé par Anne Bony. 50 euros.  Photo (PIASA): Une salle de présentation pour la vente de design scandinave. Pas très coloré!

Prochaine chronique le mercredi 17 septembre. Retour au Centre d'art contemporain d'Yverdon pour "Tsunami".

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."