Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

En (pré)visite au Salon du livre avec Isabelle Falconnier

Et de trois! Le "Salon du livre" ("et de la presse", même si cette dernière joue désormais les parentes pauvres), qui s'ouvrira le 30 avril à Palexpo est le troisième dirigé par Isabelle Falconnier, par ailleurs rédactrice en chef adjointe de "L'Hebdo". Il s'agit du dernier de son contrat actuel, bien sûr renouvelable. Cette 28e mouture intervient alors que le secteur du livre et celui des journaux se trouvent en plein crise. Parlons-en donc avec elle! 

Quelle sensation de départ avez vous pour ce Salon 2014, Isabelle Falconnier?
Cela fait trois ans que je savais où je voulais aller. Cette fois, j'ai vraiment l'impression d'y arriver. Je reste d'ailleurs surprise de constater à quelle vitesse certaines modifications se sont faites. La version 2014 est riche. Complète. Je pense qu'il s'agira d'une édition de référence pour la suite. On pourra construire d'autres choses à partir d'elle. 

Des exemples.
Nous avons créé de nouvelles scènes thématiques. Ou plutôt des places, comme il en existe ans les villages. Il y en a une pour la littérature de voyage. Elle aura comme les autres sa programmation continue et sa librairie, tenue par un spécialiste. Il ne faut pas oublier que les lecteurs doivent pouvoir demander des conseils, face à la surabondance de l'offre. "La place du voyage" comprendra, comme sur les sept autres scènes, un espace pour se restaurer. Il doit s'agir d'une visite agréable. 

Quelles sont les autres scènes créées pour 2014?
Le polar. Un livre sur quatre relève aujourd'hui de ce style, où le noir se voit entouré d'une épaisse zone grise. Où s'arrête vraiment le genre? Il y aura un pavillon arabe distinct du "Salon africain", qu'animera une nouvelle fois Pascale Kramer avec des sujets tabous pour le Continent noir. Ce pavillon veut aller au-delà des idéologies. Il tiendra compte de la double appartenance à l'arabe et au français. Le stand suisse a été revu. Des tandems linguistiques devraient le dynamiser. Il s'agira de rétablir le dialogue après la division révélée par la votation sur l'immigration du 9 février. 

Est-ce là tout?
Evidemment pas! Nous avons reconduit "La place du Moi", axée sur la philosophie, la psychologie et le développement personnel. Les discussions proposées en 2013 avaient passionné le public. Il fallait aussi faire quelque chose d'autre pour la bande dessinée. Y inclure les productions adultes, notamment. Il y aura donc un lieu complété par un écran géant. Certains auteurs s'expriment mieux avec leurs doigts. Il faudra bien sûr ajouter les propositions faites par les journaux ou un cénacle de petits éditeurs comme Le Cercle. Cela conférera au Salon beaucoup de sens, dans la double acception du terme. Il y aura à la fois de multiples directions et du contenu. 

Dans quelle mesure allez-vous refléter l'actuelle crise du livre, et surtout de sa diffusion?
Je suis ravie que nous puissions nous adapter à l'évolution du monde éditorial. Notre salon doit devenir une réponse aux difficultés de la branche. Nous créons donc, de manière éphémère, des librairies à la place des diffuseurs. Mais attention! Nous ne prenons pas leur place. Nous installons les différents ouvrages là où ils nous semblent le mieux en vue. Il est tout de même logique de regrouper la littérature de voyage! 

Qu'allez-vous faire pour le livre virtuel?
Rien de spécial. Il n'y a plus d'enjeu. Il s'agit d'un problème dépassé. Les gens savent que la tablette existe. Ce sont de grands garçons et de grandes filles. Ils font donc leur choix. L'important est redevenu le contenu. 

Le Salon du livre, traditionnellement, supposait un certain nombre d'expositions.
Il faut à mon avis qu'elle aient un sens. Je suis contre les greffons. L'une d'elle reflétera donc le monde de Glénat, l'éditeur de BD grenoblois. C'est son directeur qui l'a conçue. J'ai trouvé bonne, pour plusieurs raisons, l'idée de montrer les Une des journaux de la guerre de 1914-1918. Cela rappelle d'abord que nous sommes aussi voués à la presse. Il est ensuite émouvant de devenir, cent ans après, les lecteurs d'une actualité reflétée au jour le jour. Nous pouvons du coup montrer l'importance qu'occupaient les quotidiens, avant l'arrivée de la TV et même de la radio. Enfin, nous participons aussi de la sorte au vaste effort de mémoire consenti dans toute l'Europe pour la commémoration d'une indescriptible catastrophe humaine. 

Et la photo? Ce n'est plus le Salon, par exemple, qui propose le "Swiss Photo Award"...
J'y arrive. "L'Hebdo" proposera la jeune photo suisse. Il s'agit d'une idée de Luc Debraine, qui sert de commissaire à cette manifestation. La volonté est d'aller chercher les débutants. Ceux qui sont tout juste sortis des écoles, qui collaborent du reste à l'opération. Ce sera, au propre, un arrêt sur image. 

Il y a aura encore des remises de prix...
Une quantité. Avec une nouveauté. La Société privée de gérance (SPG) de Thierry Barbier-Mueller crée une récompense pour le premier roman d'un Romand. Elle saluera ainsi la double prise de risques d'un éditeur. 

Avec tout ça, êtes-vous prête à continuer en 2015?
J'ai très envie. Je suis déjà sur plusieurs projets. Il faut dire qu je m'entends bien avec Adeline Beaux, qui dirige le Salon dont je reste en fait la programmatrice. Mais rien n'est encore signé. 

Dernière demande. Quelle concurrence vous fait Morges avec "Le livre sur les quais"?
J'attendais la question! Elle est devenue inévitable, alors qu'elle me semble impensable dans des pays où il existe presque un salon du livre par ville. Nous étions sous-dotés en Suisse. Il est bon que plusieurs types de manifestations fassent vivre la littérature. Je ne pense donc que du bien de Morges.

Pratique 

"Salon du livre", Palexpo, Genève, du 30 mars au 4 mai. Site (très joli site, d'ailleurs) www.salondulivre.ch Ouvert de 9h30 à 19h, le vendredi jusqu'à 21h30. Entrée gratuite le mercredi 30 avril. Photo (Philipe Pache): Isabelle Falconnier, qui dirige le Salon depuis 2012.

Prochaine chronique le vendredi 25 avril. Matisse brille à Ferrare (et accessoirement à Londres). Visite (à Ferrare).

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