Mark Ditlli

RÉDACTEUR EN CHEF DE FINANZ UND WIRTSCHAFT

Mark Dittli a étudié l'économie d'entreprise à la HES de Winterthour et le journalisme à la New York University. Il rejoint le magazine économique alémanique Finanz und Wirtschaft en 2000 en tant que rédacteur à la rubrique suisse. Il devient ensuite correspondant aux Etats-Unis pendant cinq ans en charge des affaires économiques et financières. Mark est nommé rédacteur en chef du magazine en 2011.

En avant la musique!

En juillet 2007, Charles Prince, patron de la grande banque américaine Citigroup, prononçait ces mots devenus légendaires, à propos du boom du marché du crédit aux Etats-Unis: «Tant que l’orchestre jouera, vous devrez vous lever et danser. C’est ce que nous faisons.»

Quelques semaines plus tard, la crise financière a éclaté, Charles Prince a dû quitter son poste, et Citigroup a failli sombrer dans la tempête.

Aujourd’hui, la bourse se retrouve dans une situation similaire, bien que sensiblement moins dramatique: l’orchestre joue. Durant l’année en cours, le Swiss Market Index a progressé de 20%, tandis que l’indice phare américain S&P 500 affiche une hausse de 22%.

Ces dernières semaines, les motifs de préoccupation ont été levés les uns après les autres: à Washington, le conflit budgétaire a été ajourné, la Chine indique des taux de croissance passables, les indicateurs conjoncturels avancés se sont repris, et, sur les marchés financiers, la crise de l’euro est passée à l’arrière-plan.

Plus significatif encore: la politique monétaire de la Banque centrale américaine reste très expansive, la réduction des rachats d’obligations (quantitative easing) n’est plus à l’ordre du jour.

La fête peut continuer. Mais un autre risque survient: les investisseurs professionnels, qui ont sous-pondéré les actions dans le portefeuille de leurs clients, doivent entrer dans la danse afin de ne pas obtenir de trop mauvais résultats d’ici à la fin de l’année. Le portefeuille qui détient trop de cash indique des rendements inférieurs à la moyenne.

Ces recompositions de portefeuille sont visibles: les statistiques montrent un impressionnant afflux des fonds du marché monétaire vers les fonds en actions. En outre, de nombreux capitaux investis se déplacent des Etats-Unis vers l’Europe.

A court terme, les conditions-cadres parlent en faveur d’une forte hausse des bourses. Pour les investisseurs, il pourrait s’avérer payant de se positionner en conséquence. Mais ils ne doivent jamais oublier ceci: le moteur principal de cette hausse est et reste la politique monétaire des banques centrales, la Fed en tête.

Plusieurs études ont démontré, depuis 2009, une corrélation étroite entre l’accroissement du bilan, la politique de la Banque centrale américaine et la hausse des cours de l’indice S&P 500.

Corrélation ne signifie pas causalité, mais il est tout de même intrigant de constater que les bénéfices des entreprises américaines n’augmentent presque plus depuis plusieurs trimestres et que leurs marges bénéficiaires ont déjà atteint un plafond historique. Ce n’est donc définitivement pas la croissance des bénéfices qui poussent les bourses à la hausse.

Le dilemme des investisseurs

L’objectif déclaré de la Fed est de gonfler les cours boursiers et de relancer les marchés des valeurs. Et cela lui a réussi. Toutefois, il est clair que le vent favorable dont jouissent les marchés financiers, grâce à la politique de la Fed, ne soufflera pas indéfiniment. La réduction du programme d’assouplissement quantitatif qui, en été 2012, a déjà provoqué de fortes turbulences sur les bourses mondiales, reviendra à l’ordre du jour.

Il faut également être conscient que les marchés boursiers – à quelques exceptions près – ne sont plus évalués favorablement, parce que de grands pans du marché des obligations, en particulier les obligations d’Etat, sont colossalement surévalués.

La politique monétaire expansive, avec la perspective de sa prochaine réduction, les bénéfices des entreprises en stagnation, les marges bénéficiaires records, les marchés boursiers fortement évalués: ce n’est historiquement pas le terrain idéal pour une hausse structurelle saine et durable.

Actuellement, les investisseurs sont confrontés à un dilemme: l’orchestre joue, tout le monde danse, et personne ne veut ni ne peut demeurer en marge. Les investisseurs intelligents resteront dans la ronde. Mais, lucides, ils lorgnent constamment vers la sortie.

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