<p>Rédacteur en chef du Temps, (ex-rédacteur en chef de Bilan)</p>

Depuis le 1er janvier 2015, Stéphane Benoit-Godet dirige la rédaction du quotidien Le Temps. Il était le rédacteur en chef de Bilan de 2006 à 2015. Auparavant, il a travaillé pour les quotidiens La Tribune de Genève et Le Temps 1998-2003), journal dont il a dirigé la rubrique économique (fin 2000 à mi-2003). Juriste de formation, Stéphane a fait ses études en France à l'Université d'Aix-Marseille III. 

 

 

Eloge du pragmatisme

La politique se fait-elle à partir de grands principes?

Il faut l'espérer car une société ne se construit pas sur autre chose que des valeurs partagées. Et l'économie? La question est plus nuancée. Le corps législatif crée des lois qui valent pour tous et donc aussi pour les acteurs de l'économie. De manière indirecte, les principes s'appliquent à l'économie, mais celle-ci reste dominée par le pragmatisme. Car les grands principes ne pèsent pas lourd face au pragmatisme qu'impose la vie en société. C'est douloureux à admettre en termes politiques - le temps ne devrait pas avoir de prise sur le bien-fondé de certaines valeurs - mais cela apparaît comme une évidence quand on applique l'analyse économique. Un exemple au hasard: Roman Polanski, est-ce une valeur en hausse ou en baisse? Politiquement, il a toujours une certaine cote, c'est le primat - pour certains - du créateur sur le simple citoyen lambda. Du point de vue de la valeur économique, l'artiste Polanski est pourtant déjà mort depuis longtemps. Le «réalisateur scandaleux» est en effet un produit obsolète. Son défaut principal? Le marché auquel il s'adressait semble avoir disparu. Le consommateur ne s'intéresse plus à la licence associée aux artistes des années 1970 et qui leur donnait en partie leur originalité. Quand les groupes de rock détruisaient leurs chambres d'hôtel, les chanteurs de rap aujourd'hui créent des licences avec des grandes marques de luxe. Sommes-nous devenus une société plus morale? Le temps jugera, mais nous sommes certainement plus pragmatiques qu'auparavant, donc moins politiques. Le temps n'est plus aux idéaux qui n'ont pas d'échos concrets dans la vie réelle mais aux solutions éprouvées par l'expérience. Qu'un artiste viole une préadolescente et refuse de s'en expliquer devant la justice pouvait paraître «cool» en 1977, mais c'est ressenti comme intolérable en 2009. Par une étonnante culbute de l'histoire, les progressistes d'il y a trente ans ont des airs de conservateurs d'une époque bien révolue. Le gouvernement suisse devait-il alors livrer Polanski aux Américains? D'un point de vue pragmatique, passer pour le laquais zélé d'un grand Etat avec lequel on est par ailleurs en indélicatesse nous fait passer pour des lâches et renforce encore l'image du petit Etat qui veut continuer à profiter. Pas vraiment une valeur en hausse. Mais ce sont les politiques qui gouvernent, non?

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