Jerome Koechlin

SPÉCIALISTE EN COMMUNICATION ET EN MANAGEMENT

Jérôme Koechlin, spécialiste en communication et en management et enseignant au Médi@LAB de l’Université de Genève, analyse et met en perspective dans son blog les enjeux de la communication moderne et du leadership.

Eloge de l'empathie

“On ne voit bien qu’avec le coeur. L’essentiel est invisible pour les yeux” dit le petit prince de Saint-Exupéry.

La capacité d’influence d’un acteur public dépend de plus en plus de son rayonnement empathique. En effet, des études récentes ont montré qu’à fonction et hiérarchie égales dans une organisation, la personne faisant preuve de plus d’empathie et d’ouverture aux autres voit son influence grandir au sein de la structure, alors que son collègue, certes compétent dans son domaine mais ayant un profil plus discret, n’a pas la même capacité d’influence. Le "degré de chaleur humaine" constitue ainsi un élément de succès dans toute organisation ou structure, quel que soit le niveau hiérarchique du collaborateur.

Selon le professeur Joseph S. Nye, pour rassembler, un dirigeant doit être capable d’inspirer et de présenter une vision qui donne sens à sa politique. Sans vision mobilisatrice, il est difficile de mener autrui où que ce soit. Une vision permet de rassembler, de fixer un cap, de motiver, d’inspirer voire d’éclairer les citoyens. Nous pensons en particulier ici à des leaders comme Woodrow Wilson et ses dix points à l’origine de la Société des Nations, à Martin Luther King et son discours « I have a dream », ou à Nelson Mandela et son projet de réconciliation nationale à la fin de l’apartheid.

Le magazine Harvard Business Review s’est récemment intéressé au leadership féminin, en mettant en avant ses caractéristiques premières que sont l’esprit de collaboration, l’empathie, l’ouverture et l’intelligence émotionnelle. Nous le savons bien : la femme est l’avenir de l’homme ! Encore faut-il le vivre et le penser au quotidien. Les études de genres montrent que ces distinctions sont avant tout le fruit du processus de socialisation. En effet, les managers sortis des grandes écoles pâtissent souvent d’un manque cruel d’intelligence émotionnelle et de soft skills : ils savent préparer un projet, définir un budget et lancer un business plan, mais ils ignorent ce qu’il faut mettre en place sur le plan humain et empathique pour en assurer le succès. Autrement dit, c’est bien l’intelligence émotionnelle qui permet de construire un leadership collaboratif et enraciné basé sur l’ouverture et la transparence, et non sur la l’analyse technocratique.

Comme l’a souligné le penseur américain Jeremy Rifkin dans son livre « Une nouvelle conscience pour un monde en crise.  Vers une civilisation de l’empathie », la sensibilité empathique est au cœur d’un nouveau  style de management basé sur la collégialité, la transparence, le partage d’information, l’écoute active et la motivation. Attention : une culture empathique ne signifie ni angélisme ni naïveté, mais permet une meilleure gouvernance, plus de motivation et, partant, plus d’efficacité.

Notre société est en profonde mutation, dans un environnement marqué par la complexité, l’incertitude, la connectivité et la digitalisation. L’empathie est la condition sine qua non de toute efficacité sociale dans la vie professionnelle, et la clé du style de management coopératif de la société moderne. L’avenir appartient aux futurs leaders collaboratifs et rassembleurs, hommes et femmes qui manient l’ouverture, stimulent leurs collaborateurs et innovent grâce à la collaboration, tout en partageant leur pouvoir et leur savoir.

 

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."