Canalluiginonb Web 0

Journaliste

Licencié en économie (Université de Genève), journaliste indépendant spécialisé en télécommunications, économie et investigation notamment avec des enquêtes sur le blanchiment d’argent et les escroqueries financières, Luigino Canal a été pendant 15 ans le correspondant en Suisse pour le quotidien économique français «Les Echos». Il a collaboré avec de nombreux médias suisses et italiens (Corriere della Sera, l’Espresso). Il se concentre désormais sur les grandes fortunes. Il participe depuis 15 ans à l’élaboration du classement de Bilan des 300 plus riches de Suisse.

Elle ne mange pas de Nutella, la gauche?

«Salauds de riches!» La chasse aux nantis est à la mode. Elle a atteint son paroxysme lors de l’élection à la présidence française de François Hollande. Mais la vague antiriches a aussi touché la Suisse avec deux initiatives, largement rejetées par le peuple, sur l’abolition des forfaits fiscaux et l’instauration d’un impôt fédéral sur les successions. Alors que l’Europe se débat pour sortir de la crise, notre classement des 100 plus grandes fortunes du continent montre que ces milliardaires ont vu leur patrimoine croître d’environ 20% par rapport à 2014. Faut-il les stigmatiser pour autant?

Les crésus de l’Est sont essentiellement des self-made-men opportunistes qui se sont enrichis avec la chute de l’URSS en profitant de leurs amitiés politiques pour acquérir au rabais les anciennes entreprises d’Etat. Ces oligarques sont devenus riches au détriment de leurs concitoyens. Hautement critiquable, voire condamnable.

En revanche, les Européens de l’Ouest sont souvent des héritiers d’entreprise familiale. Des descendants qui ont su non seulement pérenniser l’entreprise à travers les ans, mais aussi la développer en s’adaptant aux changements. Que peut-on reprocher à ces entrepreneurs? A ces créateurs d’emplois? C’est leur droit de s’enrichir.

Certes, l’optimalisation fiscale à l’extrême pratiquée par certaines entreprises pose problème. Mais elle résulte de failles législatives. C’est aux gouvernements de prendre des mesures pour que chacun paie normalement ses impôts, mais sans atteindre un niveau confiscatoire.

Globalement, le secteur du commerce de détail est à l’origine de la richesse d’environ un tiers de nos 100 plus grandes fortunes. De nombreuses familles ont accumulé leur patrimoine grâce à la vente de biens de grande consommation. Des articles alimentaires ou textiles d’usage courant, plutôt destinés à la classe moyenne.

C’est le cas, par exemple, des Henkel (marques Persil, Mir), des Reimann (Calgon, Strepsil, Durex), des Herz (café Tchibo, Nivea) ou des Mulliez (Auchan). Sans oublier les Ferrero (Nutella, Kinder) et, bien sûr, les fondateurs des maxidiscounters Aldi et Lidl.

Les adhérents des partis de gauche, qui pointent du doigt les grandes fortunes, ne sont-ils pas aussi des consommateurs? Leurs enfants ne mangent-ils pas du Nutella, des bonbons Tic Tac ou des bananes Chiquita? Les adultes boivent du vin et du café, se soignent avec des médicaments et utilisent des lessives. 

Même les «anarchistes» des «Black Bloc» qui hurlent «mort aux riches» ingurgitent des bières Heineken ou Corona. Sont-ils conscients qu’ils contribuent ainsi à la fortune des milliardaires? Ceux-là mêmes qu’ils condamnent moralement mais dont ils achètent quotidiennement les produits.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."