Eileen Hofer

JOURNALISTE ET CINÉASTE

Née en 1976 à Zurich. Études en Lettres. 2003: Post-grade en histoire du cinéma. A travaillé comme attachée de presse pour deux festivals de film. Depuis 2005, elle travaille comme journaliste et cinéaste. Elle lance un blog éphémère eileenexpresso.com en juin 2015. L'occasion de croquer ses voyages, raconter ses rencontres.

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L’Islande et l'Elfe fana de Metallica

Virée dans les entrailles de l’âme viking, le royaume brumeux d’une destination propice aux polars. Entre deux fumerolles, les kilomètres s’avalent dans le Cercle d’Or, ce circuit populaire qui réunit les attractions phares du pays.

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Dans l’avion Icelandair, au départ de Genève, l’hôtesse me tend une paire d’écouteurs moyennant six euros. Effroi. "Vous pourrez les garder", me rassure-t-elle. Six euros, soit le prix à payer pour découvrir leur sélection de films islandais. J’avais déjà vu "Woman at war" de Benedikt Erlingsson avec un humour pressé à froid. Là, leur programmation offre de la grisaille : meurtres et dépressions sous une pluie battante.

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A l’aéroport de Keflavik, je range précieusement ces écouteurs et récupère ma voiture de location. Le GPS indique 23 minutes pour rejoindre la station thermale, le Lagon bleu. J’en perds dix à hésiter devant les boutons D et R de ma berline automatique (je circule à vélo d’habitude). Sur la route déserte, je teste la qualité des freins que je pile à chaque virage devant le paysage lunaire de cette terre volcanique. Les nuages, au loin, sont traversés par des éclats de soleil.

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A quatre kilomètres de Grindavik, petit port de pêche au sud de l’Islande, se trouve l’entrée publique des sources chaudes du Blue Lagoon, considéré comme la 25e merveille du monde selon le National Geographic. A la droite de ces bains qui, chaque année, attirent des millions de visiteurs, se dresse The Retreat at Blue Lagoon Iceland. Coulé dans un monolithe rocheux, cet hôtel accède aux mêmes eaux géothermiques grâce à son extension privée. On patauge seul au monde dans cette matrice de 38°C, couleur céladon, de laquelle se dégagent des volutes de vapeur.

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Après un gommage au sel volcanique, un masque à base de lave, d’algues et de silice, (des ingrédients 100 % naturels) je quitte le spa et rejoins ma chambre en claquettes et peignoir blanc, façon Michel Houellebecq dans "Thalasso" de Guillaume Nicloux. Je siffle gaiement : ce soir, je dîne au Moss, le restaurant branché déjà repéré par le guide Michelin 2019. "Heigh-ho !" Dans mon assiette, blanche comme neige, défile un menu à sept plats. Le chef se réapproprie les ingrédients de la gastronomie insulaire qu’il déconstruit comme le skyr à mi-chemin entre le fromage blanc et le yaourt présenté, ô surprise, en infusion.

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Il joue avec les textures d’un saumon snacké et agrémente ses compositions d’oseille du jardin ou d’un wasabi nordique. A 22h – comme j’ai fait ce voyage en plein été – le soleil brille encore de mille feux tandis que le bœuf se présente braisé aux branches de pin.

Folklore islandais

Black beach horseback riding tour (5)

Le lendemain, direction la côte Est, ses plages de sable noir et ses chutes d’eau. Je suis le programme fait sur mesure par Voyageurs du Monde qui m'invite à découvrir cette partie de l'île. J'arpente des sites naturels d’exception (la foule en moins). Je longe le cratère de Kerið, ce lac volcanique et sens le sol gronder dans la zone géothermique de Seltún. Au loin, d’autres âmes esseulées s’extasient devant les fumerolles de cette terre des Trolls et des Elfes. Au fil des kilomètres, je commence même à converser avec ce Huldufólk, ce «peuple caché», ces créatures légendaires du folklore islandais que l'on imagine derrière chaque rocher.

Eyjafjalla Horseback riding tour (3)

A Skálakot, dîner et logement au Manor Hôtel géré par Jóhanna et Guomundur. Entre deux rasades de Brennivín, le schnaps local, je découvre l’histoire du lieu. Sept générations se succèdent à la tête de cette ferme à chevaux. Chacune en son temps a essuyé tantôt une éruption volcanique, tantôt une famine. Les hivers froids et interminables ne donnaient pas trop envie de vivre par ici. L'hôtel construit dans l’annexe de la ferme possède 14 chambres cosy et un restaurant au style art déco. Des randonnées équestres permettent de rejoindre le lac Holtsós, les chutes ou d'approcher les cimes enneigées du volcan Eyjafjallajökull.

Eyjafjalla Horseback riding tour (2)

Quatrième jour. 9h48. Le GPS indique 12 minutes avant d’atteindre les chutes de Gullfoss, l’une des attractions touristiques du Cercle d'Or. La route nationale limitée à 90 kms/h est aussi droite que déserte. J’écoute un podcast du Masque et la Plume sur France Inter. Dans les prairies verdoyantes, des moutons à l’ADN millénaire broutent, impassibles, face à l’ovni métallique qui fonce devant eux. En effet, le cadran trahit ma vitesse de croisière : 145 kms/h. Whaaat ? Je freine mais la police a déjà lancé sa sirène.

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«On a aussi des hélicoptères qui surveillent les excès de vitesse», m'expliquera Barberousse en me filant la contravention: 715 francs ! Après un selfie aux côtés de mon ange gardien – dans une autre histoire, j’aurais pu avoir un accident, finir lapidée ou simplement emprisonnée – je repars non sans avoir appris à utiliser le bouton «cruise on». Le reste de mon séjour sera bloqué à 89kms/h. «A vitesse grand V, amende salée», ricane l’Elfe assis à mes côtés. Ah, te voilà, toi ! Je savais que tu existais...

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Au parking des Chutes d’or, la moutarde monte : l’entrée des toilettes publiques s’élève à deux francs. Le prix d’une journée aux Bains des Pâquis! Tête haute, je fraude. Enfin, je rejoins l’arc-en-ciel qui habille la double cascade dans le canyon.

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On raconte qu'au XVIIe siècle, un jeune fermier surveillait ses brebis d'un côté de cette rivière blanche, appelée Hvitá. En face, une coquine, sûrement rouquine, l'invita à traverser cette petite ravine. (A noter que le débit d'eau, en moyenne de 109m3/seconde, peut passer à 2000m3/seconde lors des grandes crues.) L’histoire raconte qu'une fois ces eaux vertigineuses traversées, la câline devint taquine: "toi, tu sais sortir de ta routine". L'amoureux, à la mauvaise mine, dû en finir avec son angine. La fin, tu la devines ? Ils eurent beaucoup d'enfants...

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Sur le site de Geysir, le geyser nommé Strokkur (à savoir "la baratte") fait exploser sa colère avec la précision d’un coucou suisse. Lasse de scruter ce trou durant 8 minutes, je tourne les talons. "Ooh! Aah!" Les exclamations des touristes plus patients réveillent mon Elfe. "Qui a patience a paradis", baille-t-il avec philosophie. Il commence à m’agacer ce schtroumpf islandais. 

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Enfin, le site historique et le parc national de Þingvellir. Dès 930, les chefs de clans vikings se réunissaient chaque année au milieu de ces failles naturelles pour y ériger des lois (et certainement y siffler quelques cervoises). La République d’Islande a été déclarée, quant à elle, au même emplacement le 17 juin 1944.

A Reykjavik, je rends la voiture à la compagnie de location, en prenant bien soin d’y enfermer l’Elfe dans le coffre. "La trahison est la seconde nature des femmes!" crie-t-il. Tiens, c'est un proverbe de Paul Léautaud, ça.

Punk is not dead

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Je file dans les toilettes publiques du numéro 2 de la rue Bankastræti. Décidément, le billet d’entrée est cette fois-ci aussi onéreux qu’une visite au Louvre. Ici, se trouve le minuscule musée du punk islandais. Dans les anciens urinoirs, on apprend que l'Islande, pays allié des Etats-Unis, avait accueilli dès 1951 des soldats américains.

Nous sommes en pleine guerre froide. Les GI stationnés dans leur base militaire s’ennuient et diffusent du rock sur les ondes de leur radio. Des rythmes endiablés qui électrisent les adolescents de la région. Ces jouvenceaux forment des groupes de musique dans les garages de leurs parents et secouent leurs tignasses rousses à coup de «Yeah». En moins de deux, ces rockeurs islandais biberonnés par les rimes d'Elvis Presley donneront des concerts aux GI.

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La visite se poursuit dans les WC des femmes : le punk débarquent en Islande avec The Stranglers. En 1978, le concert de ce groupe britannique rassemble 4000 crêtes (soit 2% de la population). Enfin Björk, oui elle même, lance son premier album à douze ans avant de rejoindre deux ans plus tard un groupe punk. «Il y a une recrudescence de concerts sur l’île comme le festival de Metal de Eistnaflug qui invite une quarantaine de groupes. Quatre jours de pure folie», me raconte la gardienne du temple à la sortie. De nouveau dans la rue, je dévisage certains passants : barbe longue, tatouage et veste en cuir. Elle a raison la dame pipi: Punk is not dead. Ou comme on dirait localement : Pönk er ekki dauður !

Des adresses à Reykjavik:

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Le restaurant Kol : dans une déco scandinave, le chef barman fait virevolter ses verres. Bim, bam, boum, le cocktail « Icelandic Ego » à l’alcool de bouleau, citron et miel est servi. Le restaurant Forrettabarinn, situé à deux pas du port propose des tapas nordiques et produits de la pêche à partager à plusieurs dans une déco industrielle. 


Côté hôtel, le ION City, petite sœur du célèbre ION Adventure situé à Nesjavellir, défend sa déco très épurée. Coup de cœur pour le cinquième étage et ses chambres avec un sauna privé dans la salle de bains. A quelques encablures, toujours au centre ville, l'hôtel Konsulate opte pour une ambiance plus cosy. On se réchauffe dans sa piscine couverte avant de se lover dans un canapé en cuir pour le happy hour.

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Voyageurs du Monde propose plusieurs circuits en Islande. "Du Cercle d’Or à Reykjavik - Break d’hiver bien-être et design" : Cercle d’Or & côte sud - Reykjavik - Vol retour. 5 jours de CHF 3300 à 4100 selon la saison, les types d'hébergements et les activités.

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