Amoiel Edouard2

Chroniqueur culinaire

Petit-fils de restaurateur, fils de marchand de vins, diplômé de l’Ecole Hôtelière de Lausanne, chroniqueur culinaire pour le journal Le Temps et pour mon site Amoiel.ch, épicurien, aussi gourmand que gourmet, hédoniste, poète… l’idée d’écrire sur la gastronomie m’est apparue comme une évidence.

Ma démarche est avant tout de mettre en valeur et de faire découvrir des chefs, des restaurateurs, des producteurs et des créateurs. qui se donnent corps et âme à leur métier.

Alors, rejoignez-moi dans cette aventure culinaire truffée de gourmandises, de surprises et de plaisirs.

Marseille : Allô ! Resto, Bobo

Paris impose la quarantaine aux restaurants de la cité phocéenne. Une décision gouvernementale de trop à l’encontre d’une industrie déjà en pleine détresse. Camouflet politique sur fond de crise sanitaire.

Gifle Politique

Suite à la décision du Ministère de la Santé sous la houlette d’Olivier Véran, les bars et restaurants marseillais ont dû fermer leur porte depuis dimanche soir pour une durée de deux semaines. Une gifle politique ciblée envers toute une profession qui tente désespérément de se relever après deux mois et demi de confinement. A titre de comparaison, imaginons la fermeture des restaurants genevois alors que les établissements à Hermance, Versoix et Satigny demeurent ouverts. Hérésie ! Même si ces mesures pourront être réexaminées avant l’échéance du 11 octobre, le moral du monde de la restauration est au plus bas. Malgré le recours collectif devant le tribunal administratif de Marseille déposé par le président LR de la région Provence-Alpes-Côte-D’azur, Renaud Muselier, la situation reste tendue dans une cité partagée entre le respect de la loi et le désir d’enfreindre les règles.

Alexandre Mazzia
@Christophe Simon / AFP

Abasourdi par une telle décision, le chef doublement étoilé Alexandre Mazzia tente en vain d’absorber la nouvelle. « Moralement et humainement, c’est un coup de massue, une décision difficile à digérer car elle demeure incompréhensible » confie-t-il. Au niveau sanitaire, toute information prescrite est immédiatement contredite… laissant place à une perplexité ambiante, tendant à la méfiance générale. Comment faire la part des choses ? Avec la possibilité d’un reconfinement qui plane dans l’air tel un couperet, la gestion politique hexagonale du Covid-19 ne pousserait-elle pas à la rébellion, voire à la décadence et l’anarchie ? Loin d’abdiquer, le cuisinier prend de la hauteur et part du principe qu’il est nécessaire de resserrer les rangs pour mieux préparer un retour en force. « Nous avons un rôle sociétal très important pour le bon fonctionnement de notre constitution. Nous nous devons de continuer à être exemplaires. La division suscite la haine et reste néfaste pour notre quiétude. Je ne dis pas qu’il faut fermer les yeux et ne rien dire. Mais à un moment donné, c’est assez difficile comme ça… je ne veux pas rajouter de l’huile sur le feu ».

Respectable & Respectueux

Même si un restaurant tel que celui d’Alexandre Mazzia passe des commandes journalières, impossible de ne pas évoquer le gaspillage alimentaire suite à une fermeture si soudaine. L’impact est immédiat et les retombées sur les fournisseurs sont en conséquence. « Au même titre que nous sommes dépendants des producteurs, les artisans dépendent de nous ». Pour le chef, le ciel au-dessus de l’industrie de la restauration est orageux et les perspectives plus que moroses. « Avec toute cette histoire, l’État stigmatise notre profession et surtout notre professionnalisme. Nous sommes des gens respectables et respectueux de notre clientèle. Toute cette histoire m’ennuie profondément et le débat politique me fait doucement rire ». Même son de cloche pour Julien Diaz, chef du restaurant étoilé Saisons, qui qualifie cette décision d’injuste et d’incompréhensible. « C’est comme si le virus avait une notion de frontière. C’est une aberration. J’ai peur que cette décision soit politique et non pas sanitaire ».

Défier l’État

Sans compter les charges fixes, le manque à gagner pour le restaurateur sur la période de fermeture est de 30'000 euros. « Ce n’est pas une question d’argent ; si j’avais voulu être riche, j’aurais fait un autre métier. C’est une question de principe. Il est où le respect dans toute cette histoire » ? Alors que la menace d’amendes et de possible fermeture administrative plane en cas de non-respect des mesures, le restaurateur va à l’encontre de la décision ministérielle en restant ouvert au public. Julien Diaz se dit prêt à assumer les conséquences de son acte et refuse de flancher. « Tant que l’on ne m’aura pas expliqué la logique, je resterai ouvert. Pourquoi nous et pas les cinémas, les écoles, les théâtres, les piscines et surtout les restaurants à quelques kilomètres à la ronde. Ce n’est pas une quête révolutionnaire de ma part mais c’est la goutte d’eau de trop ».

Sans aller vers une théorie du complot, difficile de comprendre une telle décision. Alors que la Mairie de Marseille prétend soutenir ses restaurateurs en refusant de faire intervenir la police municipale en cas de refus d’obtempérer, les soutient-elle vraiment ? Le nécessaire a-t-il été fait après le déconfinement ? La décision actuelle est-elle une punition pour ne pas avoir respecté les mesures sanitaires pendant la période estivale ? N’oublions pas que personne n’est à l’abri du cas marseillais et qu’il faut rester sur ses gardes en respectant les mesures prodiguées par la Confédération ! Vivement que toute cette histoire soit terminée…

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."