Amoiel Edouard2

Chroniqueur culinaire

Petit-fils de restaurateur, fils de marchand de vins, diplômé de l’Ecole Hôtelière de Lausanne, chroniqueur culinaire pour le journal Le Temps et pour mon site Amoiel.ch, épicurien, aussi gourmand que gourmet, hédoniste, poète… l’idée d’écrire sur la gastronomie m’est apparue comme une évidence.

Ma démarche est avant tout de mettre en valeur et de faire découvrir des chefs, des restaurateurs, des producteurs et des créateurs. qui se donnent corps et âme à leur métier.

Alors, rejoignez-moi dans cette aventure culinaire truffée de gourmandises, de surprises et de plaisirs.

Confusion et trahison pour la restauration!

Avec cet énième camouflet, le Conseil d’État genevois met, une fois de plus, le monde de la restauration dans l’incertitude.

Crédits: © Getty Images

La colère gronde et les restaurateurs sont à bout de souffle! Que devront-ils encore subir pour pouvoir rouvrir leurs établissements une bonne fois pour toutes? Au grand soulagement de tous, la date de réouverture était officiellement annoncée pour le 10 décembre. Coup de tonnerre en fin d’après-midi du 2 décembre: le Conseil d’État genevois revient sur sa décision et décide que le sort des restaurateurs sera définitivement fixé le 9 décembre, veille de la réouverture officielle.

En d’autres termes, les politiques en place prendront leur décision finale moins de 24 heures avant la date arrêtée au préalable. Donc personne ne sait à ce jour si les restaurateurs et cafetiers du canton auront enfin l’autorisation d’accueillir leurs clients. C’est une véritable cacophonie politique et un épais brouillard plane sur le monde de la restauration!

Ce camouflet est une insulte de trop envers une profession qui est au bord du précipice. Comment les membres du Conseil d’État peuvent-ils manquer à ce point de réalisme? Ne voient-ils pas qu’il est impossible, d’un point de vue organisationnel, d’ouvrir un restaurant en 24 heures? Ne voient-ils pas qu’il y a une logistique à suivre en matière de commande de produits frais et que leur décision empêche les restaurateurs de convenablement gérer leurs stocks?

Un plat qui sort d’une cuisine est précédé d’une livraison, d’un stockage, d’une mise en place et toutes ces opérations prennent du temps! Ne voient-ils pas qu’une telle décision a des répercussions sur l’ensemble des métiers de bouche à savoir, les maraîchers, les vignerons, les bouchers et l’ensemble de l’artisanat local qui dépendent entièrement de cette réouverture tant promise? Comment ces derniers pourront-ils livrer 2'000 restaurants en 24 heures restés fermés jusqu’à présent?

Domaine de Chateauvieux © Switzerland Tourism

C'est révoltant!

Pour Philippe Chevrier, chef emblématique du Domaine de Châteauvieux et patron de cinq autres restaurants à Genève, ce revirement politico-sanitaire est un manque de discernement et de respect à l’encontre de toute une profession: «Nous obliger à fermer une première fois en 24 heures et rouvrir en 24 heures est une insulte envers le secteur de la restauration. Alors que nous avons tout de suite mis en place les mesures sanitaires nécessaires afin de respecter le protocole imposé, nous sommes les seuls à subir un tel acharnement, comme si nous étions dans une arène où quelques individus baissent les pouces pour la mise à mort».

Le cuisinier doublement étoilé de Satigny ne comprend pas pourquoi les restaurants n’ont pas pu ouvrir en même temps que les magasins et considère que les acteurs du secteur sont devenus au fil du temps les bêtes noires de cette crise: «Nous laisser croire que nous pourrons éventuellement accueillir de nouveau des clients et nous mettre dans une position où nous serons peut-être obligés de choisir est scandaleux et révoltant! Il va y avoir beaucoup de dégâts».

Le Bologne
Le Bologne ©Dylan Perrenoud

Capacité d'accueil

Même son de cloche pour Florian Le Bouhec, patron du restaurant Le Bologne à Genève, qui ne comprend pas un tel manque de cohésion et de discernement: «Le Conseil d’État laisse sous-entendre qu’une ouverture serait éventuellement possible à la seule condition que la capacité d’accueil du restaurant soit drastiquement réduite. Travailler dans de telles conditions n’est pas vivable, autant ne pas rouvrir du tout».

Selon un article de La Tribune de Genève, la police serait même en mesure de procéder à des fermetures administratives en cas de non-respect de cette répartition de surface disponible. «Je ne me souviens pas avoir vu des policiers rentrer dans un supermarché bondé de clients en leur demandant de sortir. Jamais les pouvoirs publics n'oseraient toucher à la grande distribution. Quand je vois les trams qui sont remplis à craquer en cette période de Noël, il y a vraiment quelque chose qui m’échappe».

Pour Bertrand Lutaud, propriétaire du restaurant Yeast à Carouge, il est impossible de pouvoir gérer des commandes de produits frais dans une telle confusion. «Cette décision nous cloisonne complètement et nous empêche de nous projeter. Nous travaillons avec des denrées périssables qui doivent être commandées en fonction de la période, des saisons, des budgets et de notre taux d’occupation. Comment pouvons-nous faire sans aucune indication?»

Comme l’ensemble de ses confrères, Bertrand demeure patient mais néanmoins bouillonne à l’intérieur et se demande quand ce cauchemar prendra fin: «En nous promenant de la sorte, on dirait presque que tout cela est fait exprès. Sans décision précise, nous ne pouvons pas avancer! Il n’y a aucun autre acteur économique qui subit ce que nous subissions».

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."