Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

ÉDITO/Deux ans d'articles. Pour qui et surtout pourquoi?

Le dimanche 12 mai, je quittais la «Tribune de Genève» sur le coup de minuit en évitant de perdre une de mes chaussures, comme Cendrillon. Le 22 mai, soit dix jours plus tard, je signais le premier billet de cette chronique sur le site de «Bilan». Il était voué, si mes souvenirs sont bons (1), à une exposition de M au Musée Rath, vu qu'elle était consacrée à la collection Migros. Cela fait donc pile deux ans, qui m'auront vu poster environ 850 articles. La plupart d'entre eux ne me laissent pas le moindre souvenir. Comme disait déjà Voltaire, «un clou chasse l'autre.» 

L'esprit de ce blog n'en demeure pas moins d'en «faire beaucoup». L'offre culturelle augmente. Environ 15% de plus par an, dirais-je à vue de nez. Il s'agit d'en tenir compte. Cette offre ne se limite pas à Genève. Les gens voyagent aujourd'hui davantage que les œuvres ou les idées. Une frontière invisible coupe cependant Genève de la Suisse à la hauteur de Nyon. A Lausanne, on a l’œil sur ce qui se passe à Berne ou à Zurich. A Genève, le regard se porte plus facilement sur Paris. Et il y a de plus Londres, Milan, Avignon (pour les théâtreux) ou Venise. En photo, les «Rencontres» d'Arles importent ainsi autant, sinon plus aujourd'hui que l'Elysée dans notre petit canton.

Ne pas aller au secour du succès 

De cet éclatement, de cet éparpillement même, il faut montrer la richesse. Encore faut-il le faire intelligemment. Mes options sont simples. Il ne s'agit pas de vous raconter une nouvelle fois ce que vous savez déjà. J'abandonne ce dont la presse a déjà parlé jusqu'à l'overdose. Je n'ai pas écrit une ligne sur le sieur Bouvier et les magouilles des Ports Francs. Je ne vais pas aller non plus au secours du succès. Vous noterez que j'ai mis plus d'un mois à rendre compte de la rétrospective Gauguin à la Fondation Beyeler de Riehen. Elle n'a vraiment pas eu besoin de mes faibles moyens pour accueillir le 4 mai son 200.000 visiteur, qui était d'ailleurs une visiteuse. 

Il me semble au contraire plus important de fournir un écho médiatique, parfois unique hélas, à des manifestations plus modestes. Trop d'expositions attendent désespérément leur compte rendu. Trop de livres se heurtent à un mur de silence. A notre époque, caractérisée par le quantitatif (il suffit de voir le tam-tam fait autour des records), un strapontin doit rester à la publication confidentielle, à l'accrochage discret, à la galerie sans prétention ou au musée sans attachée de presse. C'est là que se situe souvent le laboratoire de la création ou l'atelier de restauration du patrimoine.

Passé présent 

Contrairement aux modes actuelles, qui favorisent le contemporain à tout crin au détriment de tout le reste, j'ai en effet consacré nombre de chroniques à des gens morts depuis fort longtemps. Il ne faut pas se souvenir du passé une fois l'an seulement, quand le patrimoine a ses «journées» en septembre. On a trop longtemps méprisé l'art actuel. Vivant. Par volonté de revanche, le balancier opère aujourd'hui un retour trop poussé dans l'autre sens. Il s'agirait d’arriver à un équilibre en zone francophone. Les Anglais et les Italiens y parviennent bien! 

Il y a autant à découvrir dans le passé que dans le présent. A dénigrer aussi, du reste. Ce blog n'est pas fait pour caresser dans le sens du poil, mais pour le hérisser. Certaines choses doivent se voir dites. Je ne prétends pas avoir la science infuse. Je ne suis pas sûr d'avoir forcément raison. Mais il me semble qu'on a tout de même le droit d'émettre des idées non orthodoxes. Je sais qu'à notre époque de bien pensants, de donneurs de leçons et de pensée unique cela peut sembler étrange. Mais c'est comme ça. Et j'ai en plus la chance de n'avoir aucun publicitaire à satisfaire . 

Je vais donc repartir demain, samedi 23 mai, pour un troisième mandat. Là, je serai dans le pointu. Paris et Bologne consacrent chacune une exposition à l'historien de l'art Roberto Longhi (1890-1970). En quoi un chercheur de ce calibre a-t-il pu modifier notre vision? 

(1) Mes souvenirs sont bons. Je viens de vérifier. 

Photo (DR): Moi, moi, moi et moi par divers photographes. Je serais bien en peine de citer leurs noms.

P.S. Accéder au site de "Bilan" peut parfois se révéler (très) lent. Pour lire directement mes textes vous pouvez passer par Google en utilisant comme mots clés bilan dumont.

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