Laurent Bakhtiari

MARKET ANALYST

Laurent Bakhtiari est diplômé d’un Master en Finance d’Audencia Nantes et d’un Master en mathématiques quantitatives d’Imperial College London. Fort d’une expérience de plus de 10 ans en salle des marchés au sein de diverses institutions financières telles que Merrill Lynch, BNP Paribas et Credit Suisse, Laurent livre régulièrement, à destination des médias et des clients, des analyses de marchés ainsi que des analyses macro et microéconomiques.

Economie et trading des Oscars

La 87ème cérémonie des Oscars n’a pas été très riche en rebondissements. Sans surprise, l’Oscar 2015 du meilleur film et du meilleur réalisateur a été attribué au réalisateur mexicain Alejandro González Iñárritu pour son Birdman. Le vainqueur a été largement anticipé par les experts, les algorithmes qui pullulent sur internet et les bookmakers. Mais, au-delà du résultat, nous pouvons remarquer qu’une tendance de fond se dessine. En effet, de moins en moins de films à gros budget, produits par des sociétés de productions majeures, ont été primés, tel que c’était le cas il y a encore dix ans, pour le Seigneur des Anneaux, Titanic, Gladiator, Chicago... Les Oscars honorent désormais de plus petits films indépendants et/ou étrangers (Crash, Slumdog Millionaire, the Artist, Birdman...). A titre d’exemple, Birdman a été tourné avec un budget de 18 millions de dollars seulement.

Il est impossible de nier un effet « Oscar » à tout film qui reçoit ce prix. En effet, il semble assez évident qu’un film touche une audience plus large, suite à l’obtention de l’Oscar du meilleur film (on pensera notamment à The Artist ou 12 Years a Slave). De par ce biais, il est clair qu’obtenir un Oscar accroît les recettes, mais seulement jusqu’à un certain point. En effet, il n’est pas un gage de gains ahurissants. Si l’on prend les 20 films au monde ayant généré le plus de recettes (uniquement par les entrées en salles), seuls deux ont obtenu l’Oscar du meilleur film.

A l’inverse, qu’en est-il des films issus de grosses productions ? Ça ne change absolument rien pour eux. En effet, l’année passée, Hunger Games, Captain America, the Hobbit et Transformers ont tous rapporté plus de 750 millions de dollars. Il faut comparer ce chiffre avec les 187 millions de dollars qu’a rapporté 12 Years a Slave, l’Oscar 2014. Les grands studios américains misent de plus en plus sur des héros de bandes dessinées, soit sur des films qui n’auront jamais l’Oscar du meilleur film et, de toute manière, qui n’ont pas l’objectif de l’obtenir.

Quel impact pour votre trading ?

Bien des sociétés de production sont cotées : 21st Century-Fox, Disney, Gaumont, Time Warner, Dreamworks, CBS… Ainsi, il y a encore quelques années, une stratégie de trading consistait à acheter les actions de la société de production du film ayant gagné l’oscar et de shorter les sociétés étant pressenties pour gagner mais ayant perdu. L’investisseur pouvait alors se placer quelques jours avant la cérémonie ou simplement au lendemain des résultats. Par le passé, nous avons ainsi pu observer une certaine volatilité sur les titres, durant cette période. Un bon exemple se situe l’année dernière. Gravity, produit par Warner Bros., était pressenti pour remporter l’oscar, mais12 Years a Slave a raflé la mise. Le jour suivant, l’action Time Warner a subi un gap à l’ouverture et a perdu près de 1%.

Toutefois, cet exemple se trouve être une exception lors de ces dernières années, car aujourd’hui, les résultats sont largement pressentis à l’avance et les vainqueurs sont de moins en moins issus des grosses sociétés de production. Ainsi, cette stratégie de trading ne semble plus trop avoir d’intérêt. Les petites sociétés de production ne sont pas cotées, donc investir sur les oscars n’est plus une stratégie pertinente. Aujourd’hui, mieux vaut investir avant que les blockbusters sortent. Par exemple, le cours de l’action Time Warner a bondi de plus de 5.5%, lors des deux jours qui ont suivi la sortie de the Hobbit : the Battle of the Five Armies.

Néanmoins, le vent semble tourner peu à peu. La Fox a créé une société de production, appelée « Fox Searchlight », qui a pour but de produire des films d’auteur et d’importer des films étrangers. Ainsi, peut-être que la stratégie pourra revenir à l’ordre du jour, dans un futur plus ou moins proche, si d’autres sociétés cotées s’y mettent aussi… 

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