Jerome Koechlin

SPÉCIALISTE EN COMMUNICATION ET EN MANAGEMENT

Jérôme Koechlin, spécialiste en communication et en management et enseignant au Médi@LAB de l’Université de Genève, analyse et met en perspective dans son blog les enjeux de la communication moderne et du leadership.

Du bon usage de la monnaie

Nos lointains ancêtres, les chasseurs-cueilleurs, n’avaient pas d’argent, et vivaient en petites communautés sur des territoires restreints. Tout ce qu’ils produisaient, de la viande à la médecine, de l’huile d’olive aux chaussures, reposaient sur une économie de services et d’obligations.

Ils pratiquaient le troc. Or, le troc a montré ses limites car comment, en effet, échanger des dizaines de produits sur un marché avec des taux de conversion de leurs valeurs sans cesse différents ? D’où l’invention de la monnaie, qui repose sur deux principes universels : la convertibilité et la confiance.

La monnaie se caractérise en effet par la confiance qu’ont ses utilisateurs dans la persistance de sa valeur et de sa capacité à servir de moyen d'échange. La  première monnaie de l’histoire fut le grain d’orge, qui apparut à Sumer (Mésopotamie) vers 3000 ans avant JC. Au cours de l’histoire, la monnaie a pris les formes les plus diverses : sel, ambre, coquillages, bœuf, papier et, bien sûr, argent et or. Aujourd’hui, elle est essentiellement dématérialisée et prend des dimensions sociales, politiques, psychologiques, juridiques et économiques.

Au XXe siècle, l’Union soviétique, qui avait la monnaie en horreur, a mis en place un système central de troc, selon le principe « à chacun selon ses besoins, à chacun selon ses capacités ». L’aberration du communisme a conduit à un système où chacun travaillait le moins possible pour recevoir le plus possible. L’échec fut retentissant.

La monnaie a été essentielle pour construire des Etats et des Empires, pour asseoir les religions, pour la Révolution agraire, pour la Révolution scientifique ou encore pour la Révolution industrielle, et elle l’est tout autant pour la Révolution digitale, pour développer la science et la recherche, pour les campagnes électorales ou pour l’économie mondiale. Elle est également essentielle pour comprendre les enjeux du Brexit ou de la puissance américaine. Bref, la monnaie est le rouage essentiel de la croissance et de la globalisation du monde, et le reflet de notre village planétaire.

Selon Adam Smith, la pulsion qui pousse l’homme à augmenter ses profits est à la base de la nécessité et de la création de la monnaie, et explique la richesse collective du monde et la croissance capitaliste. En 1500, la production mondiale de biens et services était de 250 milliards de dollars, soit 550 dollars par habitant. Aujourd’hui, elle est de 60 trilliards de dollars, soit près de 9000 dollars par habitant. Selon Smith, l’égoïsme capitaliste est fondamentalement altruiste et redistributif, et il fait un distinguo entre capital et richesse. Le capital, comme moteur de croissance, n’a de sens que réinjecté dans des ressources, des services et des productions. La richesse, elle, est dilapidée ou improductive. 

Dans notre société contemporaine, le rapport à la monnaie, à l’argent, implique ainsi un sens élevé de la responsabilité capitaliste, tant individuelle que collective. Depuis le début de son apparition sur terre, l’homme n’a jamais été aussi puissant qu’aujourd’hui : nouvelles sources d’énergies, découverte du génome, bioéthique, neurosciences, high tech, medtech, fintech, exploration de l’univers, puissance nucléaire. Que pouvons-nous et que voulons-nous faire de ce pouvoir ? L’enjeu majeur du monde de demain est de réussir à développer un leadership capitaliste responsable, durable et éthique. Comme l’a dit un jour l’économiste et Prix Nobel de la Paix Muhammad Yunus, « le capitalisme que nous connaissons n’est qu’à moitié développé. Il faut créer un système tourné vers la maximisation du bien-être social ».

 

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