Etienne Dumont

CRITIQUE D'ART

Né en 1948, Etienne Dumont a fait à Genève des études qui lui ont été peu utiles. Latin, grec, droit. Juriste raté, il a bifurqué vers le journalisme. Le plus souvent aux rubriques culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la "Tribune de Genève", en commençant par parler de cinéma. Sont ensuite venus les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler.

DROIT D'AUTEUR/ Marina Abramovic aurait spolié son ex-partenaire

Ouille! L'affaire sent le rance. Trop sans doute pour avoir été vraiment médiatisée. C'est par le numéro janvier 2016 de «Beaux-Arts» que j'ai appris sous la plume d'Emmanuelle Lequeux (1) qu'il y avait bisbille entre sainte Marina Abramovic et son ex-compagnon et partenaire Ulay. Celui-ci a assigné la performeuse en justice aux Pays-Bas. Elle l'aurait spolié. Frank Uwe Laysiepen aimerait que la Serbe reconnaisse au moins son existence, pour ne pas dire son importance. «Je ne veux pas devenir une note en bas de page dans les manuels d'histoire de l'art.» 

Un petit «flash-back» s'impose maintenant. Marina et Ulay ont travaillé ensemble pendant treize ans, de 1978 à 1990. On les invitait de concert, comme un aigle à deux têtes. Ils furent ainsi tous deux à Genève, nus comme la main, à la demande de l'AMAM ou Association pour un musée d'art moderne. Le public leur donnait alors la même importance. Marina et Ulay faisaient chacun la moitié du travail, voire du chemin. Leur dernière performance commune les avait fait partir des deux bouts de la Muraille de Chine pour se rejoindre au milieu, après trente jours de marche.

Un tempérament de diva

Marina est devenue depuis une diva de l'art contemporain, avec la grosse tête que cela suppose. Elle seule a droit aux projecteurs. On sait le foin qu'elle a réussi à faire au MoMA de New York en 2010 avec «The Artist Is Present». Elle a fait depuis vider la Serpentine Gallery de Londres en 2014 pour «512 Hours». Certains ont crié au génie. D'autres non. Il faut dire qu'au moindre fou-rire la performance ultra-sérieuse de la dame s'effondre comme un soufflé. J'avoue avoir beaucoup ri au Centre d'art contemporain de Genève quand elle a convié des volontaires, venus de plusieurs pays, à trier des grains de riz plusieurs jours dans une ambiance de secte hystérique. Comme pour Dieu, qu'elle doit considérer presque comme son égal, croire en elle tient de l'acte de foi. 

N'empêche que l'artiste veille au grain, et pas seulement de riz. C'est bien ce que lui reproche Ulay, scandalisé qu'elle ait transformé une de leurs actions en pub' pour Adidas. Elle lui a aussi interdit d'illustrer ses mémoires, «Whispering, Ulay on Ulay». L'Allemand a dû remplacer les photos par des carrés roses. Il y a en a ainsi 46. L'ennui, c'est que Marina a signé une convention avec son ancien partenaire en 1999. Celle-ci répartit leurs droits d'auteur respectifs. Des droits qu'elle aurait versé quatre fois en tout, gardant le reste de l'argent pour son abracadabrant Marina Abramovic Institute, basé à Hudson dans l'Etat de New York. Elle aurait pour ce faire supprimé le nom d'UIay du double copyright de leur œuvre. 

On voit que tout ceci peut mener loin. Un jugement devait intervenir aux Pays-Bas fin novembre. Je n'ai rien vu venir. Gageons que l'affaire finira gentiment étouffée, avec ou sans arrangement.

(1) La même journaliste signe dans ce numéro de janvier un article sur Genève «arty» qui ne loupe pas un poncif.

Photo (DR): Marina Abramovic a revu pour la dernière fois Ulay lors de sa perfomance "The Artist Is Present" en 2010.

Texte intercalaire.

Du même auteur

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."