Jacques Lemoisson Lastone

HEAD GLOBAL MACRO & ALTERNATIVE INVESTMENT CHEZ CBH BANK

Jacques Lemoisson a pris ses fonctions au sein de la Compagnie Bancaire Helvétique depuis septembre 2018. Il a acquis une expérience internationale sur les marchés des actions auprès de la banque d’investissement JP Morgan à Londres et Paris, puis une expertise dans la banque privée et la gestion d’actifs chez Lombard Odier, puis chez Banque Cramer au poste de CIO à Genève. Tout au long de sa carrière, Jacques Lemoisson a développé une expertise en géopolitique, ainsi que dans les Fintech et le Blockchain. Ce banquier est diplômé de l’ESTACA (Ecole d’Ingénieur Aéronautique).

Draghi, Deus ex Machina?

Le titre de ce second post fait référence à une procédé dramaturge faisant appel à un événement ou un personnage inattendu bouleversant l’intrigue (ou aidant le héros) à la fin d’un récit.

Draghi va-t-il jouer ce rôle ?

C’est la question que tout le monde se pose en oubliant bien vite que trois jours plus tard, la Grèce pourrait ouvrir la boîte de pandore avec des élections qui précipiteraient sa sortie de l'euro.

Si l’Allemagne semble disposée à négocier quelques termes de précédent accord entre la Troïka et Athènes, elle ne semble pas disposée à discuter d’un nouvel « hair cut » sur la dette grecque.

Mais revenons sur le rendez-vous de demain. Comme je le mentionnais dans mon précédent post, le rebond du marché européen fut alimenté en premier lieu par le rebond du baril, le secteur des pétrolières de l’Eurostoxx600 ayant surperformé l’indice et surtout le secteur bancaire.

A ceci s’est ajouté la semaine dernière la fin du taux plancher de la BNS. Cette annonce a entrainé des flux massifs des fonds internationaux sortant de la Suisse pour entrer sur des actifs de la Zone Euro. En effet l’aubaine était trop belle pour des fonds en dollar américain ou en euro, alors que l’indice suisse était à des niveaux records. L’effet change ayant eu plus d’impact que la baisse des cours des actions, ces fonds sont sortis de leurs positions helvétiques avec des gains.

Pourquoi abandonner le taux plancher et mettre en place des taux négatifs de 0.75% à une semaine de telles échéances ?

Nous aurons la réponse dans quelques heures, voire quelques mois.  Trois scénarios circulent dans les marchés :

- Le bilan de la BNS s’approchait de plus en plus rapidement des 100% du PIB

- L’approche d’un rachat massif de créances (QE) de la part de la BCE

- Une problématique politique ou économique interne à la zone euro non perceptible à ce jour par les marchés.

Le silence  des dirigeants économiques et politiques allemands tout au long du week-end commençait à devenir inquiétant. Hier, Angela Merkel et Wolgang Schäuble ont remis l’église au milieu du village mais Weidmann (le patron de la Bundesbank) reste toujours silencieux.

Après l’attaque frontale de Draghi envers l’Allemagne (DRAGHI: GERMANS SHOULD UNDERSTAND ECB HAS PAN-EUROPEAN MANDATE et DRAGHI SAYS ECB DOES MONETARY POLICY FOR 19 COUNTRIES, NOT ONE… ), jeudi dernier, il n’y a eu aucune réplique du trio allemand (Merkel, Schäuble et Weidmann) avant celles d’hier. La seule onde, que le marché perçut, fut celle de la BNS…

La presse américaine de ce week-end sembla de plus en plus dubitative sur :

- La taille du QE.

- Les conditions imposées par l’Allemagne.

- La répartition des risques de pertes par la mise en place d’un plan de rachat par les banques centrales de chaque pays de la zone, évaporant par la même occasion les effets de la mutualisation.

Depuis vendredi soir l’Eurodol s’apprécie (revenant autour des 1.16) alors que l’EuroCHF s’installe sur la barre psychologique de la parité. Après une nouvelle de Bloomberg (vendredi en fin de séance) mentionnant, sans citer la source, des négociations sur des termes restrictifs imposés par l’Allemagne à la BCE, c’est au tour de Reuters d’avoir embrayé, en indiquant que la Bundesbank essayerait de cadrer la promesse de Draghi.

Pour le moment, 93% des participants à un sondage Bloomberg anticipent un QE, le 22 janvier, dont le montant serait autour de 550MdsEUR. Mais la fourchette irait de 500 à 1500MdsEUR. Le fait que Draghi passerait son tour demain, préparant le terrain pour une annonce en mars intégrant la position de la Grèce, serait une surprise pour les marchés.

Maintenant concernant les fonds suisses, après la chute de la semaine dernière, les actions pourraient devenir attractive devant une courbe des taux des obligations de la Confédération en territoire négatif jusqu’à l’échéance 10 ans.

Mais un autre actif semble être recherché. Et pas seulement par les Helvètes : l’or (+5.6% depuis mercredi dernier).

Je soumets à votre sagacité deux graphiques Bloomberg. Le premier concerne le cours du métal jaune et le second concerne l’évolution des créations/rédemptions d’un ETF sur l’or dont l’AuM est approche les 30 milliards de dollar….

Et toujours, attention à l’effet Lemming (cf mon précédent post). Le Franc Suisse agit comme un baromètre de l’unité européenne et les actions européennes ont depuis des années étaient portées par un « repricing » important. Espérons que les « earnings » soient au rendez-vous enfin cette année, aidés par l’affaiblissement de l’Euro.

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