Oscar Bartolomei5

DIRECTEUR FAMILY OFFICE

Oscar Bartolomei a développé l'essentiel de sa carrière en tant que gestionnaire de fortune international à Genève. Quadrilingue, Il a travaillé pour des établissements bancaires de premier plan: Crédit Suisse, ABN Amro et Lloyds Private Banking où il était responsable Amérique Latine pour la gestion privée. Fort de cette expérience, Oscar a très vite acquis la conviction que seules les structures du type Family Office étaient à même d'offrir un service à la fois global et sur mesure à une clientèle haut de gamme. Spécialisé dans la constitution et le développement de telles structures, Oscar a ouvert un premier Family Office à Genève en 2007. Il est aujourd'hui responsable du développement d'un Family Office à Genève, expert SAQ (Swiss Association for Quality) en Certifications Conseiller Clientèle en Gestion de Fortune.

Donald Trump: la place financière suisse face à une nouvelle Realpolitik

Les récentes déclarations post-élections de Donald Trump et le profil des personnes qui constituent peu à peu son équipe semblent obéir à un maître-mot : le pragmatisme. Loin des considérations morales ou d’universalité. Seule l’efficacité maximale est recherchée. Notamment, et c’est nouveau, en matière de politique étrangère.

C’est le retour affirmé de la Realpolitik.

Aux origines de la Realpolitik

La Realpolitik (de l’allemand « politique réaliste ») désigne «la politique étrangère fondée sur le calcul des forces et l'intérêt national». Ayant Nicolas Machiavel pour origine, celui-ci en donne une première définition dans son ouvrage « Le Prince » (1513). « Le seul but d'un Prince doit être la recherche du pouvoir, indépendamment des questions religieuses et morales. »

Aujourd’hui, « la Realpolitik est une stratégie politique qui s'appuie sur le possible, sur ce qui est jouable et fait passer au second plan les doctrines, les jugements de valeur, la morale. L'objectif de la Realpolitik, c'est l’efficacité (Gilbert Chevalier). La notion d’une paix la plus durable possible est à relever selon Nicolas Moulin : « Les relations avec les puissances étrangères ne se basent plus sur une idéologie prônée par le régime en place, mais sur les intérêts économiques et politiques de chacun en ayant pour but une paix la plus durable possible pour le plus grand nombre. Elle requiert une parfaite évaluation de la situation et des forces et faiblesses des acteurs en présence. Les idéaux cèdent la place aux impératifs de la réalité. »

L’exemple le plus parlant de Realpolitik, pour les USA, reste la politique de rapprochement entre les États-Unis et la Chine engagée par Nixon en 1972. Sur les conseils de Kissinger, Nixon va conclure une alliance avec la Chine, deux puissances idéologiquement opposées mais unies contre l’URSS.

Protectionniste et dérégulateur

Pragmatique, Donald Trump est aussi un protectionniste et un dérégulateur. Son intérêt principal dans sa politique étrangère sera de rendre l’Amérique riche à nouveau. En coupant dans toutes les dépenses jugées inutiles. Sans état d’âme. Point.

Protectionniste, à l’égard des entreprises installées sur sol américain et à l’étranger, dérégulateur pour éviter qu’un trop-plein législatif ne soit un frein à la croissance de ces-mêmes entreprises.  Pour ce faire, il veut dénoncer des traités internationaux mais aussi des traités bilatéraux, s’il estime qu’ils ne servent plus les intérêts américains ou qu’on peut les renégocier avec plus d’avantages encore pour les Etats-Unis.

Au sein de l’OTAN, Donald Trump souhaite que les alliés des Etats-Unis payent plus pour assurer leur propre sécurité. Sinon, il menace d’en sortir. Sur l’épineux cas de la Syrie, Donald Trump veut laisser plus de latitude d’action à la Russie, car il considère que cette dernière est mieux placée que les Etats-Unis pour intervenir dans ce pays. D’où un effort de guerre considérément réduit pour les USA.  Avec l’Iran, il dénonce l’accord sur le nucléaire (conclu par Barack Obama) : il juge que les Etats-Unis n’ont pas obtenu suffisamment de concessions. A renégocier.

En dénonçant certains accords internationaux, Donald Trump veut aussi privilégier des négociations bilatérales directes avec les USA. Qu’il juge plus efficaces et qui ne l’obligent pas à d’interminables tables rondes avec d’autres partenaires. Bilatéralisme contre multilatéralisme.  

La brèche créée par le Brexit est une excellente opportunité pour renforcer l’axe américano-britannique. En affaiblissant l’Europe. Il menace aussi de se retirer des négociations en cours sur le TAFTA, critiqué tout au long de sa campagne. En Asie, le Président élu pense remplacer le Partenariat Transpacifique par des accords économiques séparés américano-chinois et nippo-américains. Seuls capables selon lui « de ramener des emplois et l'industrie sur le sol américain ».

A tous ces traités qu’il veut encore dénoncer, citons encore l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain), l’Accord de Paris sur le climat et, récemment l’accord USA-Cuba signé par Obama. Cuba doit faire plus d’efforts.

Le rapprochement avec la Russie est peut-être l’action la plus symptomatique de cette Realpolitik. Peut-on voir une démarche plus pragmatique que de renouer avec le géant russe ? Leurs différends peuvent passer au second plan, seule importe une alliance commune qui leur garantit une hégémonie mondiale. N’en déplaise à l’Europe.

Conséquences pour la Suisse

Cette Realpolitik de l’administration américaine ne sera évidemment pas sans conséquences pour la Suisse. Je m’attacherai à en esquisser les possibles contours, ceci dans le seul domaine de la place financière suisse.

Donald Trump l’a annoncé durant toute sa campagne : il veut déréguler le secteur financier américain pour lui donner plus de dynamisme, plus de liberté et d’autonomie. La crise des subprimes de 2008 semble bien oubliée. Ce n’est pas une bonne chose pour notre place financière, déjà engluée dans une régulation exponentielle. Moins de régulation contre trop de régulation, la partie s’annonce inéquitable.

La concurrence américaine risque de prendre le large en attirant une clientèle fatiguée par le zèle législatif helvétique. Et les frais très élevés de ses banques. Les Fintech sont, par exemple, déjà bien moins régulées aux USA qu’en Suisse. Et les places financières telles que San Francisco sont aujourd’hui plus performantes que Zurich et Genève. Seules les banques suisses déjà présentes aux USA devraient bénéficier de ce courant dérégulatoire. Quant à celles qui voudraient s’y installer, il est encore trop tôt pour savoir si Donald Trump les voit comme un investisseur étranger bienvenu ou un concurrent de l’industrie locale. C’est une zone grise entre dérégulation et protectionnisme.

Concernant les réglementations « négociées » par les USA avec la Suisse, FATCA par exemple, j’ai l’espoir que Donald Trump n’y attache plus une importance particulière, l’homme voulant diminuer l’arsenal juridique de tous les secteurs économiques de son pays. Il est possible que nous ayons une période de stagnation (donc de stabilisation des coûts pour les banques helvétiques) pour les futurs « accords » américano-suisses. D’autant que l’administration Obama a mis la barre très haut dans l’encadrement du contribuable américain.

Protectionniste, Donald Trump va protéger sa place financière. Que ce soit aux USA ou à l’étranger. Je ne le vois pas du tout toucher aux paradis fiscaux que sont, par exemple, le Wisconsin ou le Delaware. Encore une mauvaise chose pour notre place financière qui s’est fait supprimer son secret bancaire par les-mêmes USA. Avec à la clé une partie de la clientèle qui a quitté la Suisse pour les Etats-Unis.

Vers une amnistie fiscale pour les Américains de l'étranger?

 

Soyons-en sûr, la nouvelle administration américaine ne fera pas preuve d’une volonté implacable pour modifier les choses. Surtout que Donald Trump connaît par cœur toute la législation de son pays en matière d’optimisation fiscale et qu’il en a usé et abusé. De manière parfaitement légale. Pourquoi mettrait-il en danger ce secteur qui engrange des milliards chaque année ? Je serai même d’avis de le voir annoncer une Amnistie fiscale ces prochaines années pour les Américains de l’étranger qui auraient « oublié » de déclarer leurs avoirs.

Quel moyen plus simple de rapatrier des fonds à bon compte ? Sur le plan international, il est évident que tout traité visant à affaiblir ou à concurrencer la place financière américaine sera mort-né.

La place financière suisse a cependant une carte intéressante à jouer dans ses relations futures avec les USA. Une carte à la fois diplomatique et stratégique. En ayant un positionnement clair, pragmatique, qui englobe à la fois les intérêts suisses et américains, elle a de bonnes chances d’être écoutée outre- Atlantique. Avec la même stratégie que Donald Trump. La Realpolitik.

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