Mary Vacharidis

JOURNALISTE

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Donald Trump, l’arroseur arrosé

Dans son arrogance, l’Amérique de Trump pensait porter un coup fatal à l’Iran en se retirant ce printemps de l’accord nucléaire signé en 2015. Redoutant l’essor de la puissance iranienne en Orient, l’Arabie saoudite et Israël ont fait pression afin que Washington renie le texte. Tout à son ego, le politicien n’a pas résisté à la tentation de défaire un nouvel héritage du gouvernement Obama. L’Europe allait se mettre à la botte des Etats-Unis et asphyxier de consort l’économie iranienne. 

Car c’est comme ça que le monde fonctionne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale: l’Amérique impose, ses alliés historiques s’inclinent. Mais ces dernières décennies, de nouvelles grandes puissances ont émergé. Et aujourd’hui, on voit bouger les lignes de forces. L’Allemagne de Merkel, la France de Macron et Theresa May à Londres se disent déterminés à respecter l’accord. La Chine de son côté ne dit pas grand-chose. Mais elle a déjà placé ses pions de manière à être la plus grande bénéficiaire du retrait américain.

La Chine est déjà le premier importateur mondial de pétrole brut de l’Iran et lui a acheté environ 655 000 barils par jour au premier trimestre 2018. L’ampleur de ces échanges a des répercussions sur la progression de la devise chinoise. Affaire à suivre: des contrats à terme pétroliers libellés en yuan ont été lancés en mars à Shanghai. L’ambition affichée est de concurrencer le Brent londonien et le WTI new-yorkais, baromètres en dollar du marché mondial.

Les liens économiques entre l’Iran et la Chine sont très forts. En juin 2017, des sociétés chinoises étaient impliquées pour 33 milliards de dollars dans les projets d’infrastructures du programme des «Routes de la soie» sur le territoire iranien. Des lignes de crédit atteignant 10 milliards de dollars ont été allouées à cinq banques iraniennes pour des chantiers d’infrastructures. Au début de cette année, les deux pays s’entendaient sur une liaison ferroviaire pour désenclaver le port de Bouchehr.

Les Européens font figure de parents pauvres. Si, par peur des sanctions, la compagnie française Total renonce au contrat avec l’Iran pour le développement de la phase 11 du champ gazier Pars Sud, la société chinoise CNPC reprendra la participation hexagonale, comme cela a déjà été annoncé. Les gesticulations américaines restent sans effet à Pékin. Contrairement à l’Europe, la Chine et la Russie sont très peu exposées sur le marché américain et n’ont que faire du rétablissement des sanctions. 

En bon arroseur arrosé, Donald Trump a voulu démontrer sa force en répudiant l’accord avec l’Iran. Or, en renforçant l’axe Chine-Iran, le président républicain ne fait qu’accélérer la perte d’influence des Etats-Unis dans le concert des nations. 

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